Les archives de Pierre Bécat ont rejoint les Archives départementales de l’Hérault

Le jeudi 1er juillet 2021, les archives personnelles de Pierre Bécat ont été données par son fils André Bécat (à gauche sur la photographie) aux Archives départementales de l’Hérault, installées sur le site de « Pierres Vives » près de Montpellier. Elles ont été prises en charge par M. Julien Duvaux (à droite sur la photographie), archiviste au sein de ce service chargé des fonds privés, venu spécialement à Prades pour l’occasion. Ce jour-là, André Bécat a signé la convention de don.

Pierre Bécat laissa à sa famille un important fonds d’archives personnelles qui resta longtemps non classé et non exploité. En 2006, lors de la vente de la maison familiale de Prades, ce fonds fut sauvé et entreposé. Depuis plusieurs années, il a fait l’objet d’un long travail de tri et a bénéficié d’un inventaire sommaire. Désormais conservé aux Archives départementales de l’Hérault, il sera bientôt conditionné et mis à la disposition du public dans les meilleures conditions de consultation possibles. Un inventaire définitif sera établi par le service.

Nous vous tiendrons informé ici de la mise à disposition du public du fonds et de l’établissement de son inventaire définitif !

Ce fonds émane de l’activité de Pierre Bécat, même si on y trouve plus marginalement quelques titres de propriété de ses ancêtres. Il contient principalement des correspondances. À l’exception notable d’un bel ensemble de lettres échangées par Pierre Bécat et son épouse Gabrielle Rotgé au tout début de leur mariage, et qui peuvent aussi aborder des sujets politiques, les correspondances personnelles et politiques sont composées en quasi-totalité de lettres reçues. Les correspondances les plus riches datent des années 1920-1930 et illustrent très précisément l’activité de conférencier et de journaliste royaliste de Pierre Bécat. Malheureusement, aucune lettre de ce type n’a été conservée entre 1938 et les années 1950, même si la correspondance du couple déborde un peu sur la fin de la Seconde guerre mondiale.

Aperçu de la correspondance de Pierre Bécat

Le second type de documents le plus représenté dans le fonds sont les coupures de presse. Pierre Bécat sélectionnait compulsivement, jour après jour, des articles relatifs aux thèmes qui l’intéressaient et qui lui servaient à rédiger ses articles ou ses ouvrages. Sa principale habitude était de les découper et de les coller dans des cahiers ou dans des livres qu’il réutilisait pour l’occasion. Malheureusement, la plupart des articles ne sont pas référencés. Il a semblé néanmoins intéressant de conserver l’ensemble des coupures de presse subsistant, car la très grande majorité fut éliminée du vivant de P. Bécat. Certaines sont classées par thèmes.

Enfin, un nombre important de manuscrits de textes politiques (articles, conférences) et littéraires (romans, inédits pour la plupart à l’exception du manuscrit d’Enfance et jeunesse occitane publié en 1979) sont conservés, même si l’auteur avait l’habitude d’en éliminer la plupart de son vivant.

Aperçu des brouillons de textes politiques

Le fonds comporte actuellement 23 cartons. Au cours du classement, il a été divisé en 4 parties :

I. Papiers personnels et familiaux

– Papiers de Louis Bécat

– Papiers d’identité et militaires de Pierre Bécat

– Scolarité

– Photographies

– Correspondance familiale

II. Activité politique

– Correspondance politique (1924-1938 et 1960-1990)

– Écrits (brouillons et textes)

– Coupures de presse

III. Carrière d’avocat

– Barreau : généralités

– Dossiers d’affaires

IV. Activité littéraire

– Correspondance : dossiers d’éditeurs, réactions aux publications

– Poèmes

– Romans (manuscrits et fragments)

Lettres d’Henry Jonquères de 1928 et 1931

29 février 1928

26 mars 1928

10 avril 1928

29 avril 1928

15 juin 1931

Henry Jonquères est né le 11 juin 1877 à Corneilla-del-Vercol, près d’Elne, et mort à Barcelone le 27 mars 1962. Il est le fils aîné de Joseph Jonquères et de Gabrielle d’Oriola. Issu d’une famille de propriétaires terriens de Corneilla-del-Vercol, c’est l’une des figures du royalisme des Pyrénées-Orientales au début du XXe siècle. Secrétaire de la section perpignanaise de la Ligue d’Action française, il est déjà ami avec Pierre Bécat lorsqu’il lui envoie la première d’une série de cinq lettres, en 1928, pour le convier à revenir à Perpignan.

Les lettres suivantes sont plus longues et riches en détails. La seconde, datée du 26 mars 1928, fait état d’un conflit au sein de l’Action française entre Henry Jonquères et le comte de Vésins, responsable des sections du Midi, qui semble vouloir le pousser à renoncer à ses fonctions : « Dites à Maurras d’envoyer d’urgence enquête sur place », demande-t-il à Bécat. Ce dernier écrira d’ailleurs à un autre membre de l’Action française en alertant sur la gravité de la situation, et aura d’autres échanges avec le comte de Vésins que nous publierons ici bientôt. Le 29 avril suivant, après l’avoir félicité pour son livre La Légende du peuple roi, Jonquères lui apprend qu’il a démissionné. Dans cette lettre on apprend que le conflit a rapport avec la présentation de candidats aux élections législatives, ce que voulait faire Jonquères contre l’avis des instances de l’AF. Il ne cesse toutefois pas ses activités puisque trois ans après, le 15 juin 1931, on apprend qu’il est élu président du Comité royaliste, et qu’il écrit encore dans la journal Le Roussillon. Il a alors l’intention de présenter des candidats dans tous les cantons et propose à Pierre Bécat de le faire à Prades.

Lettres de Josep Galinier, 23 avril 1928 et 13 mai 1933

23 avril 1928

13 mai 1933

Ancien camarade de pension de Pierre Bécat à Béziers, Joseph Galinier était juriste comme lui, et il s’installa comme avoué dans le centre de Perpignan. Il possédait une belle villa près du square des Platanes. La première de ces deux lettres est une réaction à la publication de La légende du peuple roi, qui contient de nombreux commentaires ; la seconde est une lettre personnelle.

Carte de visite d’Antoine d’Estève de Bosch, vers 1934

Personnalité distinguée du milieu royaliste roussillonnais, Antoine d’Estève de Bosch (1882-1948) était le fils d’Henri d’Estève de Bosch et de Suzanne Lazerme, importants propriétaires à Ille-sur-Tet. Lui-même docteur en droit, il avait épousé en 1908 Gabrielle du Lac. Cette carte de visite fut envoyée à Pierre Bécat à l’occasion des fiançailles de son fils aîné Antoine avec Marie-Amélie de Pinel de la Taule (mariage célébré en 1935).

Lettre d’Alban Castelbert, 18 décembre 1932

Cette lettre d’Alban Castelbert n’est pas la seule conservée dans les archives de Pierre Bécat, loin de là. Ce secrétaire régional de l’Action française pour la 9e zone (comprenant Ariège, Aude, Aveyron, Gers, Haute-Garonne, Lot-et-Garonne, Tarn-et-Garonne et Pyrénées-Orientales) était très souvent en contact avec l’avocat dans le cadre des nombreuses activités politiques de ce dernier dans le Midi. Dans cette lettre, Castelbert évoque les problèmes spécifiques au Roussillon en 1932, notamment les articles de Joseph Ripouill dans le journal Le Roussillon qui donnèrent lieu à des dissensions au sein de l’Action française car, comme on le découvre ici, Maurras n’était pas totalement d’accord avec les vues qui y étaient exposées. Nous y reviendrons bientôt lorsque nous livrerons la correspondance avec Joseph Ripouill…

Lettre d’Antoine Barrère, 20 février 1930

Antoine Barrère (1873-1958), issu d’une vieille famille de propriétaires terriens de Bages, est le fils aîné de Jean Barrère et d’Antoinette Chichet. Il possède le domaine de l’Etang à Villeneuve-de-la-Raho (aujourd’hui remplacé par le lac de cette commune). Lié à l’Action française, il évoque dans cette lettre à Pierre Bécat l’actualité en Espagne, les articles de Maurras, le comte de Vesins et le retour de Léon Daudet.

Roussillonnais d’Action française

Pierre Bécat entretient des liens étroits avec la région roussillonnaise dès les années 1920, au tout début de son engagement à l’Action française. Dès 1923, il écrit dans le journal royaliste local, Le Roussillon, et il fréquente toutes les figures importantes de ce courant politique dans le département. C’est là qu’il rencontre son épouse Gabrielle Rotgé et l’épouse, en 1927.

Son activité politique est trépidante dans ces années-là. Très marqué, comme ses confrères, par la condamnation de l’Action française par Pie XI en 1926, il entretient une correspondance fournie avec de nombreuses figures royalistes du Midi, et en particulier du Roussillon, à l’occasion des polémiques constantes qui secouent ces cercles.

Les archives personnelles de Pierre Bécat, récemment déposées aux Archives départementales de l’Hérault, conservent une quarantaine de lettres de Roussillonnais entre 1927 et 1937, ainsi que des lettres à des personnalités extérieures concernant le Roussillon. Nous vous proposons de découvrir ici les lettres qui, parmi cette correspondance, abordent la politique et donnent des renseignements intéressants sur la vie locale de ces années-là.

Nous publierons cette correspondance progressivement. Voici d’ores et déjà la liste des correspondants, qui donnera accès aux pages concernées, à mesure qu’elles seront mises en ligne (elle sera mise en tête une fois la publication terminée) :

BARRERE, Antoine
CASTELBERT, Alban
ESTEVE de BOSCH, Antoine d’
GALINIER, Joseph
JONQUERES, Henry
LACROIX, Charles de
LACROIX, Guy de
LAZERME, Carlos de
LLOBET, Abbé
MITJAVILE, René
MUCHART, Henry
RIPOUILL, Joseph
ROUSSILLON, Charles
SAUTES, M.
VESINS, Bernard de LEVEZOU de
VIDAL, Albert

Carte de membre du cercle sportif Saint-Henri, rue de la Bûcherie

En 1929-1930, comme l’atteste cette carte de membre conservée dans les archives de l’avocat, Pierre Bécat adhérait au Cercle sportif Saint-Henri, dont la salle d’entrainement se trouvait aux numéros 13 et 15 de la rue de la Bûcherie à Paris, dans les bâtiments de l’ancien hôtel Colbert. Il y pratiquait l’escrime, comme on le voit également sur cette carte, où l’assistance pour plusieurs mois a été attestée par la signature du maître d’armes Charles Cléry. Le fils de ce dernier, Raoul Cléry, a publié en 1965 le livre « Escrime », aux éditions Amphora.

Pratiquant cet art avec talent, Pierre Bécat se battit en duel à plusieurs reprises ! Avec les personnes qu’il appréciait, il lui arrivait aussi de disputer des matchs amicaux, dont l’on conserve notamment une photographie, prise à la salle de la rue de la Bûcherie.