1928. Remous autour de « L’Eclair de Montpellier »

En 1928, dans le cadre de la querelle entre l’Action française et l’Eglise, le journal royaliste L’Eclair de Montpellier, dans lequel Pierre Bécat avait beaucoup écrit, traverse d’importantes difficultés. Pierre Bécat réagit vivement dans le journal La Gazette de l’Hérault par un article en une publié dans son numéro du 5 août 1928.

Méridionaux d’Action française

Les méridionaux sont une importante composante de l’Action française dès ses origines. Charles Maurras lui-même est originaire de Martigues et se passionne pour le félibrige, l’occitan et le provençal. Beaucoup de ses amis sont des écrivains, journalistes et poètes méridionaux. Pierre Bécat ne fait pas exception et, dès son plus jeune âge, il se passionne pour sa région d’origine, le Languedoc. Sa vie durant, il publiera différents recueils de poèmes et romans dont l’action se déroule dans les environs de Gigean et de Pignan. Aussi n’est-il pas étonnant de le trouver à plusieurs reprises aux premiers rangs des animateurs de l’association des « Méridionaux d’Action française ».

L’Action française du 20 août 1924

L’Action française du 18 novembre 1924

En novembre 1924, lors d’une réunion de l’association, est évoquée la mémoire de Marcel Azaïs, récemment décédé.

Mme Bécat présidente du Groupe des Dames royalistes et d’Action française de Prades

Pierre Bécat et Gabrielle Rotgé s’étaient rencontrés dans les années 1920 dans les milieux d’Action française lors de tournées de Pierre Bécat en Roussillon. Gabrielle militait depuis son plus jeune âge dans le Groupe des jeunes filles royalistes de Prades.

Après son mariage, elle est nommée présidente du Groupe des Dames royalistes et d’Action française de Prades, comme nous l’apprend l’Action française du 29 décembre 1927.

26 juin 1927. Grande réunion de l’Action française à Perpignan

Le 26 juin 1927 a lieu une grande réunion de l’Action française à Perpignan, prévue avec la présence de Léon Daudet. Pendant plusieurs semaines, Pierre Bécat prend en charge d’intenses préparatifs en vue de cette visite. Cependant, quelques jours avant le grand jour, Daudet est emprisonné.

Dans le numéro du 3 juillet 1927, les préparatifs sont relatés :

Le numéro du 28 juin relate la réunion de Perpignan en résumant les différents discours : de M. de Palaminy, de Pierre Bécat, d’Eugène Magne, et de Lucien Lacour. Pierre Bécat donne également un discours au moment du banquet de la Saint-Jean.

 

Pierre Bécat et l’Action française

Militant royaliste dès son plus jeune âge, Pierre Bécat est depuis 1920 le beau-frère de Marcel Azaïs, figure marquante de l’Action française (voir le mariage de Marcel Azaïs et de Juliette Bécat). C’est également parmi les jeunes filles d’Action française qu’il rencontre son épouse Gabrielle, avec qui il se marie en 1927.

Pierre Bécat écrit d’abord dans des journaux de l’Hérault, puis des Pyrénées-Orientales. En mars 1923, il prend la plume dans Le Roussillon, la feuille royaliste de Perpignan, afin de soutenir la candidature de Charles Maurras à l’Académie française. En plus de convictions monarchistes, il partage avec lui un attachement aux langues occitane et provençale, à travers le mouvement félibre, et une profonde culture antique.

Le 19 mars 1923, le nom de Pierre Bécat est cité pour la première fois dans l’Action française. Le grand journal parisien reprend un extrait de son article paru dans Le Roussillon.

(source : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k761530q/f4)

De 1924 à 1934, le nom de Pierre Bécat va apparaître à de très nombreuses reprises dans le journal : 744 occurrences d’après le moteur de recherche de « Gallica », la bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale de France : https://gallica.bnf.fr/services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&startRecord=0&maximumRecords=15&page=1&collapsing=disabled&query=%28gallica%20adj%20%22Pierre%20B%C3%A9cat%22%29%20and%20arkPress%20all%20%22cb326819451_date%22%20sortby%20dc.date%2Fsort.ascending.

Nous ne les reprendrons pas toutes ici, mais nous tâcherons, au fur et à mesure que le site évoluera, d’attirer l’attention du lecteur sur tel ou tel article intéressant.

C’est tout d’abord à travers des annonces ou des résumés de conférences que Pierre Bécat apparaît dans le journal. Dès 1924, en effet, il parcourt les routes de France, de ville en ville, de village en village, en tant que conférencier officiel de l’Action française.

Il commence en compagnie de son beau-frère Marcel Azaïs. On a le témoignage d’une conférence donnée à deux le 28 juin 1924.

(L’Action française du 3 juillet 1924 ; source : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k761999f/f3)

Sa carrière de conférencier s’accélère de façon exponentielle après la mort de M. Azaïs. Il réalise chaque année des tournées en compagnie de Louis Sentupéry, Louis Jasseron, Joseph Delest, Elie de Sèze, Paul Gaudeffroy… 1925 est une année particulièrement intense, P. Bécat est sur tous les fronts, s’exprimant à la fois sur le scandale de la mort de Ph. Daudet survenu deux ans plus tôt, sur les questions économiques et surtout agricoles. C’est principalement dans des régions rurales ou industrielles, les bassins miniers du Tarn, le Midi viticole, que ses pas le portent. Les tournées se poursuivent de plus belle en 1926, 1927, 1928 et 1929, marquées par la condamnation de l’Action française par le pape Pie XI.

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Apprécié pour ses talents d’orateur, ayant fait ses preuves pendant plusieurs années, il peut enfin publier ses propres textes dans L’Action française. Il entre par la grande porte puisque son premier article, daté du 10 juin 1930, consacré à la crise viticole, paraît en première et seconde page du journal.

Une du 10 juin 1930 contenant le premier article de P. Bécat publié dans l’A.F. (en bas à droite). Source : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k764169r/f1

Vous pouvez lire le texte intégral de ce premier article sur un page qui lui est consacrée.

Dès 1930, donc, il comptera parmi les collaborateurs réguliers du journal, et y abordera à la fois des sujets politiques et agricoles. Entre 1930 et 1931, il publie 6 articles, apparaissant tous en une, puis, le 19 août 1933, il publie un article en page 4.

Ayant repris les cycles de conférences de 1930 à 1934, il se rapproche progressivement du cercle intime des princes d’Orléans. L’année 1934 marque une date cruciale pour l’Action française. Au cours des manifestations antiparlementaires du 6 février, les camelots du roi sont au premier rang des cortèges. Cependant, en raison d’une mauvaise coordination et de divergences de vues entre les différentes ligues, l’objectif de renverser la République n’est pas atteint. L’Action française est un temps menacée, et de graves conflits se font jour à travers ses rangs.

C’est au cours de cette année, après le mois de juillet, que Pierre Bécat cesse définitivement de collaborer directement avec le journal. Les atermoiements de Charles Maurras, à qui il reproche d’être plus disposé à la polémique littéraire et journalistique qu’à de grandes actions politiques, entraînent un refroidissement des rapports entre les deux hommes et le nom de Bécat n’apparaît plus dans les célèbres colonnes du quotidien.

A cette date, l’avocat peut se flatter d’avoir été désigné directement par le comte de Paris conférencier officiel, et il continue son activité d’orateur.

Restant toujours proche intellectuellement et sympathisant de ses combats, Pierre Bécat continuera à fréquenter intimement Charles Maurras et à échanger littérairement avec lui, sans toutefois se retourner vers son journal, dont il reste détaché durant la Seconde guerre mondiale.

 



1936. Grand duel oratoire Pierre Bécat/Charles Dupuis, vice-président du Parti Radical Socialiste

Dans les années 1930, Pierre Bécat réalise de nombreux meetings, discours et débats dans toute la France, comme on a pu le voir à Nîmes en 1933. Une affiche inédite tirée des archives Bécat montre également un des grands moments de sa carrière de tribun : le « grand duel oratoire » qui l’oppose, le 1er janvier 1936, à Charles Dupuis, vice-président du Parti radical socialiste. Ce duel a lieu à Cambrai, au cinéma « Le Familia » (dont on peut découvrir l’histoire et des photographies sur le site : http://cinemasdunord.blogspot.com/2014/10/le-familia-de-cambrai.html).

Charles Dupuis (1902-1993), haut fonctionnaire des Finances et militant politique, déploya également des activités de poète. Un site lui est consacré : http://charlesandrey.dupuis.free.fr/fdupuis1.html. Voici un extrait de sa biographie pour les années concernées :

À partir de 1926 en effet, haut fonctionnaire des Finances dans le Nord puis à Paris qu’il regagna en 1936 pour organiser le Front Populaire, Charles Dupuis, toujours poète (il publia en 1935 le recueil Au hasard de leurs mains ouvertes), ajouta une troisième (au moins) corde à son arc en adhérant et en militant au Parti radical et radical-socialiste dont il fut, à l’extrême-gauche, vice-président national. Orateur de réunions publiques, il se fit simultanément journaliste (le plus souvent bénévole), dirigeant l’hebdomadaire radical La Démocratie cambrésienne, collaborant à Paris à l’hebdomadaire satirique et contestataire Le Petit Bara, et surtout donnant au journal radical La République, sous le pseudonyme de Narcisse, une chronique quotidienne rimée de 35 ou 40 vers, dont la variété de sujets et de tons illustre merveilleusement les diverses facettes de son existence et la cohérence de sa pensée humaniste, libertaire voire anarchiste, anticolonialiste et pacifiste. Son initiation dans la franc-maçonnerie, « société discrète mais non secrète », en 1929 lui apprit à écouter mieux encore les autres et lui permit d’approfondir sa philosophie humanitaire pour mieux la pratiquer : fier de ses « origines prolétariennes », il ne cessa de prendre le parti de Jacques et de Jean-Françoué contre les idolâtres de la « Phynance », adoptant souvent, à côté de poèmes très lyriques ou de tentatives « futuristes », le langage et la forme des chansons populaires.