Réactions du duc de Lévis Mirepoix à la publication d’ « Henri V et les féodaux »

La publication du livre « Henri V et les féodaux », dont la genèse a été relatée par André Bécat, entraîna de nombreuses réactions tant le sujet en était polémique : il tendait notamment à attribuer une bonne partie de la responsabilité de l’échec de la restauration monarchique du comte de Chambord à l’attitude d’un groupe de ducs désireux de sauvegarder leurs intérêts personnels et dont l’action permit à la République de s’installer.

L’un des lecteurs les plus fidèles de Pierre Bécat, le duc Antoine de Lévis Mirepoix (1884-1981), lui fit d’élogieux commentaires dans trois lettres de 1977 conservées dans les archives Bécat. Nous vous laissons apprécier la graphie toute particulière de cet illustre homme de lettres, membre de l’Académie Française

Lettre du 10 juin 1977
Lettre du 30 juin 1977
Lettre de juillet 1977

« Plafonner les gains ». Un article de Pierre Bécat d’une brûlante actualité

Nous ignorons si cet article non daté, dont nous conservons le brouillon dans les archives Bécat, fut publié dans une revue. Son état d’aboutissement tend à faire pencher vers l’affirmative. Il nous pousse aussi à le publier aujourd’hui sur ce site.

Dans ce texte, Pierre Bécat analyse la différence fondamentale entre les inégalités de situation sous l’Ancien régime et celles dans la société capitaliste et étudie les solutions qu’une monarchie permettrait de mettre en place pour reconstituer une société juste. Écrit dans les années 1970 (il comporte une référence à Pierre Messmer semble-t-il en campagne, donc peut-être en vue des élections de 1974), il est cependant d’une brûlante actualité : ne dit-on pas qu’1 % des ménages les plus riches possèdent 31 % du patrimoine financier total des Français?


1934 : conflits à l’Action française. Lettre de Pierre Bécat à Charles Maurras

Le 24 janvier 1934, Pierre Bécat écrit à son maître Charles Maurras une lettre dont on conserve un brouillon dans les archives familiales. Il lui signale tout d’abord qu’il vient d’être convoqué à Bruxelles par le comte de Paris, où il s’apprête à se rendre. Il évoque ensuite des dissensions qu’il rencontre avec d’autres membres de l’Action française, notamment Georges Calzant (1896-1962), à qui il reproche d’avoir éventé une provocation en duel tenue secrète. Au-delà de cette affaire d’apparence personnelle, on voit que Pierre Bécat commence à s’éloigner de l’Action française. Les événements de l’année 1934 ne feront que confirmer cette tendance : déçu par l’échec du renversement de la République en février et par les atermoiements de Maurras, après plusieurs années de collaboration, il cessera définitivement ses relations avec la ligue et ses relations avec les princes sera couronnée par sa désignation comme conférencier officiel.

1928. Remous autour de « L’Eclair de Montpellier »

En 1928, dans le cadre de la querelle entre l’Action française et l’Eglise, le journal royaliste L’Eclair de Montpellier, dans lequel Pierre Bécat avait beaucoup écrit, traverse d’importantes difficultés. Pierre Bécat réagit vivement dans le journal La Gazette de l’Hérault par un article en une publié dans son numéro du 5 août 1928.

1930. Le malaise espagnol : période pré-révolutionnaire

Les événements qui se déroulent en Espagne dans les années 1930 sont cruciaux dans l’histoire européenne. Les royalistes y apportent une grande attention. Lors de la guerre civile espagnole, si beaucoup d’entre eux apportent leur sympathie au camp nationaliste, rejetant profondément l’anti-cléricalisme de beaucoup de secteurs de gauche, tous ne réagissent pas de la même façon. Les carlistes, après avoir soutenu le soulèvement des généraux, se diviseront profondément, et le Régent sera chassé par Franco en 1937. Un royaliste comme Bernanos – qui avait, il est vrai, rompu avec l’Action française dès 1931 – dénoncera le régime de Franco comme une trahison aux traditions monarchiques de l’Espagne.

Dès 1930, Pierre Bécat est reconnu comme un bon observateur de l’Espagne par la rédaction de l’Action française qui le charge de rédiger pour sa une du 22 décembre une analyse des conflits politiques qui menacent alors le trône d’Alphonse XIII.

Avant même la chute du souverain en avril 1931, Pierre Bécat montre avec clairvoyance que dès 1930 tous les éléments des conflits des années postérieures étaient déjà réunis. La violence qui allait se déchaîner était déjà en germe, et c’est bien la chute de la monarchie qui promettait de lâcher les fauves dans l’arène.

Méridionaux d’Action française

Les méridionaux sont une importante composante de l’Action française dès ses origines. Charles Maurras lui-même est originaire de Martigues et se passionne pour le félibrige, l’occitan et le provençal. Beaucoup de ses amis sont des écrivains, journalistes et poètes méridionaux. Pierre Bécat ne fait pas exception et, dès son plus jeune âge, il se passionne pour sa région d’origine, le Languedoc. Sa vie durant, il publiera différents recueils de poèmes et romans dont l’action se déroule dans les environs de Gigean et de Pignan. Aussi n’est-il pas étonnant de le trouver à plusieurs reprises aux premiers rangs des animateurs de l’association des « Méridionaux d’Action française ».

L’Action française du 20 août 1924

L’Action française du 18 novembre 1924

En novembre 1924, lors d’une réunion de l’association, est évoquée la mémoire de Marcel Azaïs, récemment décédé.

26 juin 1927. Grande réunion de l’Action française à Perpignan

Le 26 juin 1927 a lieu une grande réunion de l’Action française à Perpignan, prévue avec la présence de Léon Daudet. Pendant plusieurs semaines, Pierre Bécat prend en charge d’intenses préparatifs en vue de cette visite. Cependant, quelques jours avant le grand jour, Daudet est emprisonné.

Dans le numéro du 3 juillet 1927, les préparatifs sont relatés :

Le numéro du 28 juin relate la réunion de Perpignan en résumant les différents discours : de M. de Palaminy, de Pierre Bécat, d’Eugène Magne, et de Lucien Lacour. Pierre Bécat donne également un discours au moment du banquet de la Saint-Jean.

 

Pierre Bécat et l’Action française

Militant royaliste dès son plus jeune âge, Pierre Bécat est depuis 1920 le beau-frère de Marcel Azaïs, figure marquante de l’Action française (voir le mariage de Marcel Azaïs et de Juliette Bécat). C’est également parmi les jeunes filles d’Action française qu’il rencontre son épouse Gabrielle, avec qui il se marie en 1927.

Pierre Bécat écrit d’abord dans des journaux de l’Hérault, puis des Pyrénées-Orientales. En mars 1923, il prend la plume dans Le Roussillon, la feuille royaliste de Perpignan, afin de soutenir la candidature de Charles Maurras à l’Académie française. En plus de convictions monarchistes, il partage avec lui un attachement aux langues occitane et provençale, à travers le mouvement félibre, et une profonde culture antique.

Le 19 mars 1923, le nom de Pierre Bécat est cité pour la première fois dans l’Action française. Le grand journal parisien reprend un extrait de son article paru dans Le Roussillon.

(source : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k761530q/f4)

De 1924 à 1934, le nom de Pierre Bécat va apparaître à de très nombreuses reprises dans le journal : 744 occurrences d’après le moteur de recherche de « Gallica », la bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale de France : https://gallica.bnf.fr/services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&startRecord=0&maximumRecords=15&page=1&collapsing=disabled&query=%28gallica%20adj%20%22Pierre%20B%C3%A9cat%22%29%20and%20arkPress%20all%20%22cb326819451_date%22%20sortby%20dc.date%2Fsort.ascending.

Nous ne les reprendrons pas toutes ici, mais nous tâcherons, au fur et à mesure que le site évoluera, d’attirer l’attention du lecteur sur tel ou tel article intéressant.

C’est tout d’abord à travers des annonces ou des résumés de conférences que Pierre Bécat apparaît dans le journal. Dès 1924, en effet, il parcourt les routes de France, de ville en ville, de village en village, en tant que conférencier officiel de l’Action française.

Il commence en compagnie de son beau-frère Marcel Azaïs. On a le témoignage d’une conférence donnée à deux le 28 juin 1924.

(L’Action française du 3 juillet 1924 ; source : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k761999f/f3)

Sa carrière de conférencier s’accélère de façon exponentielle après la mort de M. Azaïs. Il réalise chaque année des tournées en compagnie de Louis Sentupéry, Louis Jasseron, Joseph Delest, Elie de Sèze, Paul Gaudeffroy… 1925 est une année particulièrement intense, P. Bécat est sur tous les fronts, s’exprimant à la fois sur le scandale de la mort de Ph. Daudet survenu deux ans plus tôt, sur les questions économiques et surtout agricoles. C’est principalement dans des régions rurales ou industrielles, les bassins miniers du Tarn, le Midi viticole, que ses pas le portent. Les tournées se poursuivent de plus belle en 1926, 1927, 1928 et 1929, marquées par la condamnation de l’Action française par le pape Pie XI.

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Apprécié pour ses talents d’orateur, ayant fait ses preuves pendant plusieurs années, il peut enfin publier ses propres textes dans L’Action française. Il entre par la grande porte puisque son premier article, daté du 10 juin 1930, consacré à la crise viticole, paraît en première et seconde page du journal.

Une du 10 juin 1930 contenant le premier article de P. Bécat publié dans l’A.F. (en bas à droite). Source : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k764169r/f1

Vous pouvez lire le texte intégral de ce premier article sur une page qui lui est consacrée.

Dès 1930, donc, il compte parmi les collaborateurs réguliers du journal, et y aborde à la fois des sujets politiques et agricoles. Entre 1930 et 1931, il publie 6 articles, apparaissant tous en une, puis, le 19 août 1933, il publie un article en page 4.

Ayant repris les cycles de conférences de 1930 à 1934, il se rapproche progressivement du cercle intime des princes d’Orléans. L’année 1934 marque une date cruciale pour l’Action française. Au cours des manifestations antiparlementaires du 6 février, les camelots du roi sont au premier rang des cortèges. Cependant, en raison d’une mauvaise coordination et de divergences de vues entre les différentes ligues, l’objectif de renverser la République n’est pas atteint. L’Action française est un temps menacée, et de graves conflits se font jour à travers ses rangs.

C’est au cours de cette année, après le mois de juillet, que Pierre Bécat cesse définitivement de collaborer directement avec le journal. Les atermoiements de Charles Maurras, à qui il reproche d’être plus disposé à la polémique littéraire et journalistique qu’à de grandes actions politiques, entraînent un refroidissement des rapports entre les deux hommes et le nom de Bécat n’apparaît plus dans les célèbres colonnes du quotidien.

En janvier 1934 déjà, il faisait part à Charles Maurras des conflits qui l’opposaient à d’autres membres de l’Action française et lui signalait qu’il avait été convoqué par le comte de Paris. Fin 1934, il finit par être désigné conférencier officiel du prince, et peut continuer son activité d’orateur.

Restant toujours proche intellectuellement et sympathisant de ses combats, Pierre Bécat continuera à fréquenter intimement Charles Maurras et à échanger littérairement avec lui, sans toutefois se retourner vers son journal, dont il reste détaché durant la Seconde guerre mondiale.