Années 1930. Les Bécat au Manoir d’Anjou

Nous publions ici une série de photographies inédites éclairant un épisode intéressant de la vie de Pierre Bécat. Conférencier de l’Action française, il devint également conférencier du comte de Paris dans les années 1930. À ce titre, il travailla à de nombreuses reprises avec le prince et lui rendit visite plusieurs fois au Manoir d’Anjou, situé dans la banlieue de Bruxelles, résidence de la famille d’Orléans.

Voici le témoignage d’André Bécat au sujet des photographies :

“Dans les années 1930, mes parents allaient régulièrement au manoir d’Anjou, où habitaient le duc de Guise et son fils. Ces photos leur ont été données par les princes dans les années 1936. Mon père a effectué une série de conférences sous le patronage du comte de Paris,  dont un cycle en Algérie.  Ma Mère l’accompagnait”.

Baptême à la Henri IV. Le duc de Guise tient son petit fils Henri, le comte de Paris apporte le verre de jurançon.

La comtesse de Paris et son premier nouveau né, la princesse Isabelle.

 

Pierre Bécat conférencier. A la fête du Cercle Saint-Charles à Nîmes en 1933

Comme le rapporte le journal L’Éclair de Montpellier, journal dans lequel Pierre Bécat publiait souvent des articles, dans son édition du 11 décembre 1933, la fête du Cercle Saint-Charles à Nîmes la veille donna lieu à une manifestation royaliste.

P. Bécat vint spécialement participer à la fête en tant que conférencier. Il passa en revue la situation financière, sociale et la politique extérieure du pays et défendit le système des corporations. Selon le journal, son intervention eut un grand succès.

Consultez le numéro entier sur le site des Archives départementales de l’Hérault :

http://archives-pierresvives.herault.fr/ark:/37279/vta1e12c7b97ccc9b8b/daogrp/0/364

 

 

Pierre Bécat par Robert Lapassat, dans la revue “Conflent”

Article publié dans la revue “Conflent” n°187, janvier-février 1994

Pierre Bécat nous a quittés le 14 décembre après une longue existence faite de joies familiales, de succès flatteurs, mais aussi de souffrances physiques dans sa chair meurtrie par de cruelles blessures de guerre. Sa hantise, nous confiait-il récemment, cette angoisse que connaissent bon nombre d’intellectuels, c’était de perdre définitivement la vue, de ne plus pouvoir lire, ni écrire. Mais un matin, à l’aube, son cœur a brusquement cessé de battre. Nous venions de fêter, quelques jours auparavant, son quatre-vingt-seizième anniversaire…

Pour lui rendre un ultime hommage, sur le parvis de l’église Saint-Pierre de Prades a été donnée lecture des deux derniers poèmes qu’il venait de composer. En les lisant, certains y verront comme une prémonition d’une fin prochaine.

 

Natif de Pignan en Languedoc, issu d’une famille de propriétaires terriens fortunés, il grandit au milieu des vignes, tout près de la garrigue, ces paysages qu’il a tant aimés, qui servirent maintes fois de cadre à ses romans ou qu’il chanta dans ses poèmes bucoliques.

Il poursuivit ses études à Montpellier quand éclata la première guerre mondiale. Incorporé dans un régiment d’artillerie alpine, il fut grièvement blessé, atteint à la gorge et à l’épaule par des éclats d’obus dont certains ne purent jamais lui être retirés. A sa démobilisation, il reprit ses études de droit à Montpellier, puis, son diplôme en poche, il s’inscrivit comme avocat au barreau de Paris ; au cours de sa carrière, il plaida maintes fois en Province.

 

Son intelligence, sa culture et sa prestance en imposaient. Chacun appréciait sa courtoisie exquise, très « vieille France ». Mais dans le prétoire ou du haut de la tribune dans un meeting, son éloquence, sa lucidité, ses réparties fulgurantes en faisaient un adversaire redoutable. Ses estocades à la hussard lui ont même parfois permis de gagner une cause qui semblait perdue d’avance. Il advint aussi que sa fougue le conduisit pour de bon à croiser le fer sur le pré, selon une certaine mode de l’époque.

Sa situation privilégiée d’avocat à la cour, de journaliste et d’auteur à succès lui offrait l’occasion de connaître et de fréquenter tous les personnages de l’entre-deux-guerres, hommes politiques ou hommes d’affaires, hommes de loi ou écrivains, qui, du reste, étaient souvent ses confrères. Une mémoire prodigieuse au service d’une culture encyclopédique faisait l’admiration de son entourage. Dans la conversation, il émaillait ses propos sans aucune pédanterie, mais toujours avec quelque malice, des référence à l’histoire ou à la littérature. Il récitait volontiers – et sans hésitation – les vers des poètes qu’il aimait.

Une carrière bien remplie au barreau de Paris n’a pas empêché Pierre Bécat de s’intéresser à l’économie et à l’histoire, à la politique et aux problèmes financiers, à l’art et à la littérature. De 1920 à 1993, il n’a cessé de publier ses études dans bon nombre de journaux et revues (sujets variés, toujours fort bien documentés et rédigés dans un style clair et concis, des jugements frappés au coin du bon sens[1]. Il faudrait relire ce qu’il a pu écrire, il y a une soixantaine d’années, sur le problème des Balkans ou du Proche-Orient. Il ne fut pas entendu, hélas !…)

Mais, lorsqu’il abordait un sujet de politique intérieure, sa plume devenait acide, l’avocat se muait en polémiste et ses écrits viraient au pamphlet. Ainsi, dans un article paru en 1926[2], sur la division entre commerçants et paysans :

            « Dans les villes on fait circuler la légende d’un paysan âpre au gain, qui ne paie pas d’impôts et profite de la crise actuelle. Or nous avons démontré, et tous les représentants qualifiés de la production agricole et commerciale l’ont reconnu, que le paysan, en sus des impôts réels et personnels, n’échappait pas aux taxes successorales qui ruinent les familles environ tous les vingt-cinq ans.

            Par ailleurs, on représente au paysan un commerçant mercanti qui réalise des bénéfices illicites. En réalité, le commerçant est aujourd’hui accablé de charges et, la plupart du temps, travaille pour rien, parfois à perte. Toutes les lois qui ont été faites contre l’accaparement ont frappé les petits et moyens commerçants, tandis que les gros profiteurs continuaient à faire leurs choux gras. C’est un véritable scandale…

            L’Etat regorge de biens. L’Etat exploite ses monopoles d’une façon ruineuse. L’Etat rend toutes les richesses qu’il détient soit onéreuses soit improductives…

            Nous subissons, quel que soit le parti au pouvoir, l’étatisme qui paralyse toute initiative et tue l’épargne comme le commerce honnête. Pendant ce temps, les grands accapareurs, qui sont dans les secrets de la boutique parlementaire, raflent des millions ».

Autre exemple, P. Bécat, après avoir démontré le bien-fondé d’une grève des employés de banque, s’en prenait à un adversaire en ces termes : « … Et quand on voit ce baragouin d’Hervé, qui n’a cessé, par des sottises, de faire le jeu des ploutocrates et de l’Allemagne, – il parlait encore, il y a peu de temps, de rattacher l’Autriche au Reich-, fulminer contre ces employés sympathiques, on sent, trop bien, la manœuvre du roublard qui saisit l’occasion de faire sa cour à ceux qui pourraient bien glisser quelques beaux billets à la Victoire… » Sans doute le titre du journal de ce quidam[3].

Sans conteste, la bête noire de Bécat, ce fut Clemenceau, auquel il ne pardonna jamais la répression féroce des manifestations de 1907. Bécat avait alors une dizaine d’années et, parti de Gigean pour Montpellier, au matin du 9 juin, avec sa famille et tous les villageois, il assista au rassemblement des vignerons sur la place de la Comédie[4] :

« En face, Clemenceau, qui tenait le pouvoir. Un vilain politicard qui avait le Midi en détestation… A la fois rusé, sans scrupule et autoritaire, il ne supportait pas d’être contrarié dans ses projets. Son attitude ignominieuse à l’occasion de son divorce illustre son véritable état d’âme ».

 

Pierre Bécat connaissait parfaitement son Histoire de France et il le prouva. Quel que fût le sujet traité, il rapportait méthodiquement la suite des évènements et analysait en toute objectivité, du moins à ce qu’il paraît à un lecteur peu averti, les faits et gestes des personnages, Napoléon, Proudhon, le Comte de Chambord, un général devenu empereur, un sociologue anarchiste, un noble qui aurait pu devenir le roi Henri V. Si dissemblables, ils ne semblent pourtant pas avoir été choisis au hasard :

-Napoléon et le destin de l’Europe[5]

            « Napoléon, mieux que tout autre, a eu maintes fois conscience de son action purement destructrice. Il suffit de rappeler la réflexion qu’il fit un jour au marquis de Girardin : “L’histoire dira s’il n’eût pas mieux valu, pour le repos de la terre, que ni Rousseau ni moi n’eussions jamais existé” »…

            « Louis XVIII avait trouvé une France ruinée, prête à être partagée, et à sa mort, il la laissait riche, prospère et redevenue puissante. Le socialiste Proudhon, quand il en vient à cette période des lendemains des traités de 1815, où tout semble désespéré, conclut par cette constatation suggestive “Et les Bourbons se remirent patiemment à leur tâche et reprirent leur œuvre séculaire de rassembleurs des terres de la patrie” ».

            « Sous l’illusoire soleil d’Austerlitz se profilent les noms des grands désastres militaires : Trafalgar, Leipzig, Waterloo, Sedan, Charleroi, Dunkerque, et le souvenir de sept invasions (1792, 1793, 1814, 1815, 1870, 1914, 1940) qui sont le corollaire de cette politique aventureuse… et poursuivie sans rémission au-delà du pernicieux traité de Versailles ».

 

            -L’anarchiste Proudhon, apôtre du progrès social[6]

            « Fédéraliste, syndicaliste, Proudhon était ennemi de l’Etat, mais principalement de la démocratie, même et surtout personnalisée en un seul homme, ce régime étant inséparable de l’étatisme, de la centralisation, et par surcroît dominé par l’étranger. »

            « Ce qu’il a voulu, poursuivi, partait d’un cœur noble et généreux. Et c’est avec fruit que l’on compulse son œuvre, sans pouvoir en détacher la plus profonde estime pour la probité, la bonne foi de celui qui l’a composée. Sa franchise, son effort, sa pauvreté même, il les a payés de la prison et de l’exil ».

 

            -Henri V et les féodaux[7]

            « …le Comte de Chambord était bien l’homme qui convenait en tous points à la France. Par malheur, l’élection avait désigné des notables ruraux qui se sont laissés duper par une poignée de ducs plus intéressés à accaparer le pouvoir qu’à remettre au roi. Ils s’efforcèrent d’aménager cette “république des ducs” qui fut une des plus grandes escroqueries connues à l’encontre du suffrage populaire… ».

           

La raison du choix, Pierre Bécat nous l’a donnée dans l’avant-propos de son dernier ouvrage, Regards sur la décadence[8] :

« Aucun régime ne s’est si facilement adapté et même n’a si aisément présidé à l’évolution et aux modifications sociales que la monarchie française qui, en mille ans, a fait d’une langue de terre, représentée d’abord par l’Ile de France, un splendide hexagone dont les habitants n’avaient aucune prédisposition pour s’entendre et vivre ensemble. Leur principe d’union, leur point commun a toujours été le roi. Celui-ci disparu avec toutes les institutions intermédiaires entre le pouvoir et le peuple, ce fut le commencement et le développement continu des guerres étrangères, des discordes civiles, des luttes entre le métiers, de la politisation et de la corruption généralisée. »

 

            Les premières œuvres littéraires, que publia Pierre Bécat dans sa jeunesse, furent des essais et des romans :

-De quel amour blessée, un titre à la résonance racinienne certes, mais un sujet obéissant, en fait, à la mode des années 20, dans la lignée des Paul Bourget, première manière, Paul Morand et Pierre Benoit, jusque et y compris le A initial des prénoms féminins.

 

Puis vint, et ce fut heureux, un cycle de romans, non pas régionalistes, mais néanmoins très « couleur locale », puisque toutes les actions se déroulent en Languedoc, en des lieux familiers à l’auteur autour de Gigean, son pays natal, et que le lecteur peut aisément situer sur une carte, ce qui confère aux faits et gestes des personnages un cachet d’authenticité :

La Gardiole, Nuit sur la glèbe et Le Champ du Moulin, un bel ensemble que couronnera, en 1979, un recueil de souvenirs, de descriptions et de commentaires, Enfance et jeunesse occitanes[9].

« Depuis longtemps, Clément Deleuze se proposait d’écrire l’histoire de Saint-Félix de Monceau, abbaye en ruines juchée sur une pointe de garrigue non loin de l’étang de Thau, près d’un village où il avait passé son enfance. Ces lieux l’attiraient, non pas pour la seule beauté de leur solitude sauvage : c’est l’âme humaine qu’il y cherchait » ainsi commence le récit de La Gardiole. De ce lieu on découvre un paysage « riche de poésie et de légendes » : « Devant lui, la montagne de Sète. A ses pieds, l’étang de Thau luisait comme un métal, avec, sur ses bords échancrés, les deux petits ports de Mèze et de Bouzigues : l’un allongé comme une barque de pêche, l’autre ouvert et creux ainsi qu’une large coquille de mer posée sur le rivage ». Une nuit, au clair de lune, sur le sentier qui mène à l’abbaye, Clément verra se dresser devant lui un étrange personnage,  « un jeune homme svelte, au visage allongé, où les yeux très noirs accusaient une étrange couleur de cire… la chevelure aux reflets d’argent et les temps précocement ravagées… aux mains presque translucides, aux doigts étonnamment légers ». Cette apparition lui adressera quelques mots d’une voix angélique avant de s’éloigner comme une ombre. Clément, haletant, demeurera comme frappé d’épouvante… Ce frisson, c’était le frisson de l’au-delà…

            -Nuit sur la glèbe. Le cadre : un village de l’Hérault (Gigean, vraisemblablement), une maison cossue avec ses dépendances : l’écurie, une bergerie, les chais.

Les personnages : le père viscéralement attaché à sa terre, la mère manifestant sans cesse « sa phobie de la propriété terrienne », elle a poussé leurs deux fils à devenir fonctionnaires et regrette d’avoir gardé à la maison leur fille, une fois ses études terminées. Celle-ci s’est « coiffée d’une amourette » et l’élu n’est autre qu’un viticulteur ! Les sujets de discorde ne manquaient donc pas dans la famille, d’autant plus qu’ « une morne tristesse pesait sur les vignobles ainsi que les exploitations aux abois où il n’était question que de crise, d’arrachage, de contingentement et de distillation ». La situation économique inquiétante est naturellement le sujet de toutes les conversations : autour de la table familiale lorsqu’on reçoit des invités, sur le mail entre notables, le dimanche matin à la sortie de la masse. Les travaux et les jours. Les rendez-vous des amoureux. Un dénouement tragique (comme les précédents romans de P. Bécat, mais cela nous vaut de très belles pages) : le jeune homme est victime d’un accident de la route, la jeune fille se noie dans la mer avec son cheval. Quant au père, renversé par une voiture, il succombera à ses blessures. Le lendemain des obsèques, le domaine sera mis en vente :

« Les marchands de bien étaient à l’œuvre.

            Un monde venait de finir. »

            -Le champ du Moulin, c’est la plus belle terre du pays qui revient par héritage à un jeune fonctionnaire. Celui-ci, administrateur des colonies, de retour dans son village natal pour passer quelques mois de congé, désire surtout revoir une amie d’enfance, dont il est resté éperdument amoureux. Mais la fatalité, l’étroitesse d’esprit d’une mère possessive, les commérages des villageois déchaînent une série de malentendus qui font rebondir l’action jusqu’au dénouement. Quelques situations scabreuses, mais traitées en demi-teintes, donnent de-ci, de-là, du piment à l’intrigue.

La peinture des milieux paysans repose sur une solide analyse psychologique et sociale. Les récriminations du viticulteur languedocien ne sont pas sans rappeler les lamentations du bûcheron de La Fontaine. A la vérité générale des caractères et des conditions s’ajoutent quelques vérités particulières. Pierre Bécat prête à ses personnages sa lucidité ainsi que son expérience personnelle de propriétaire terrien et de juriste. Quelle que fût en ce temps-là la situation économique, ces paysans restaient passionnément attachés à la glèbe. Ainsi, lorsque le héros, pour conquérir celle qu’il aime, abandonnera le champ du Moulin, cette décision leur apparaîtra comme un sacrifice sublime.

 

Enfin, dans un tout autre genre, en 1980, Pierre Bécat, juriste poussé par le démon de la curiosité, rouvrira le dossier de l’abbé Joseph Auriol, curé de Nohèdes, accusé d’outrages aux bonnes mœurs, d’empoisonnement et condamné, en 1882, aux travaux forcés à perpétuité[10]. Il consulte les archives, épluche les comptes rendus d’audience, obtient communication de papiers de famille inédits. Il mène son enquête avec la sagacité d’un Sherlock Holmes ou d’un commissaire Maigret ! Il reconstitue jour après jour les évènements qui ont précédé l’arrestation de l’abbé et les replace dans le contexte historique de la vie provinciale à la fin du XIXe siècle. Puis nous assistons à toutes les audiences du procès, comme si nous étions assis au milieu du public : lecture de l’acte d’accusation, interrogatoire de l’accusé, audition des témoins, ponctuée de passes d’armes entre les différentes parties, déclarations des experts, réquisitoire et plaidoirie (Maître Bécat, tout en respectant les comptes rendus d’audiences, nous fait ici une brillante démonstration de son talent d’avocat d’assises ! ) ; verdict… On ne revient pas sur la chose jugée, il taira donc son intime conviction, il se contentera de poser la question : que feraient de nos jours un tribunal ecclésiastique et une juridiction de droit commun ?

Pierre Bécat a écrit plusieurs centaines de poèmes, sans compter les vers de circonstance dédiés à des amis ou inspirés par des faits d’actualité. Un premier recueil, LesChants de ma Garrigue, parut en 1964, aux Editions Points et Contrepoints. Suivit, en 1976, un second recueil, Gerbes sur l’étang de Thau, imprimé à Prades par notre ami Legrand et diffusé par la maison parisienne Verseau. Conflent, de 1966 à nos jours, a publié quatre-vingt dix poésies. Pierre Bécat souhaitait faire éditer un troisième recueil.

Peu de scènes villageoises dans cet ensemble : quelques « vendanges », un enterrement, « Mon village en 1912 », une description fort pittoresque des divers métiers qui donnaient une joyeuse animation à nos chefs-lieux de canton.

Des tableaux, pour lesquels le poète avec ses images rivalise avec le peintre et sa palette : le Languedoc, bien évidemment, et même Versailles ou Venise, mais aussi : Puigcerdá, Céret, Thuès-entre-Valls, Saint-Michel et Prades.

Pierre Bécat, dans son prélude aux Chants, définit ainsi sa conception de l’art poétique : « La poésie n’est pas en elle-même un travail, mais le réconfort des heures graves et difficiles, la récompense d’une journée de labeur prosaïque, l’inspiration d’un voyage ou le délassement d’un moment perdu. Une ligne de fond surgit et se dessine : le paysage illuminé d’une garrigue natale, toile mouvante, source de lumière, rythmes et sons… »

            « Le but de la vraie poésie est de séduire aussi profondément les intellectuels raffinés que les lecteurs de la ville et de la campagne, les uns et les autres étant conviés à y puiser les émotions de ferveur, de tendresse et de sentiments évoqués par l’auteur lui-même ainsi que les subtilités, légèretés ou badinages qui viendraient les assortir ».

            Il convient donc de rechercher les « résonances musicales », les « associations d’images ou d’idées ». « L’emploi de termes appropriés, leur magie évocatrice, ne parlent-ils pas mieux à l’imagination et au rêve ? » « Quelle richesse que le langage poétique grammaticalement correct, qui peut aider à penseren termes harmonieux et clairs, au gré des intuitions et au-delà de la raison ». Pierre Bécat a toujours respecté les règles de la prosodie classique.

 

Le poète est seul en face de la Nature qu’il contemple et qu’il aime. La solitude favorise la méditation et ravive les souvenirs. De temps à autre la vision fugitive d’un amour de jeunesse qu’il évoque sous les traits d’une sylphide ou d’une ondine, toute ruisselante :                     « Accourant des flots bleus, sous les noirs tamaris » :

« Je voudrais retrouver ses beaux yeux ingénus

Qui me cherchaient le soir sur la plage déserte.

La vague en frémissant caressait ses pieds nus. »

 

Pierre Bécat ne se lasse pas de chanter les charmes de sa terre natale, ces paysages languedociens qui s’épanouissent sous le soleil éclatant du Midi et qui rassemblent en si peu d’espace toutes les beautés de la nature :

« Je suis né sur les bordes des étangs lumineux,

Dans le prolongement des mers méridionales,

Et ces coteaux de pampre et ces berges natales

Ont charmé mon enfance au fil des jours heureux.

 

La vigne, le cyprès, le chêne, l’olivier

S’enlacent jusqu’au cœur des monts de Gardiole,

La lavande, le thym, l’amande, l’azerole

Mélangent leurs parfums à l’odeur des voiliers,

 

Quand sur la vaste mer que l’écume blanchit

Glisse distinctement un navire en partance,

Au déclin d’un beau jour que la lame fraîchit. »

 

« La garrigue brille et la mer sommeille,

La pinède est calme au borde du flot bleu.

Nulle voile au loin, nul vent sous la treille.

Le rivage dort dans un ciel de feu.

 

Mais le soir s’étire et la nuit s’éveille.

Des lueurs d’argent courent sur les eaux. »

 

« La lune grandit, aimable et légère

Dans le bleu décor du soir transparent,

Caressant la vague au reflet d’argent

Et les bois vêtus de dentelle claire. »

 

Au flamboiement des couleurs sous un ciel soyeux, le poète n’oublie pas d’ajouter les sensations olfactives, les senteurs qu’exhale la terre surchauffée et que nous apporte le souffle du vent :

« Venant de la garrigue une brise légère

Sur la nappe glissait ainsi qu’un long baiser,

Parfums de romarin, de thym et de bruyère,

Pour corser l’air du large et l’aromatiser. »

Les sept autres quatrains de « L’Etang de Thau » mériteraient d’être cités, contentons-nous d’une dernière et brève mention :

« En observant au loin un pêcheur à l’arrêt

Sur sa barque en repos mollement balancée. »

Le rythme de cet alexandrin ne rend-il pas à merveille le léger mouvement ondulatoire de l’eau ?

 

Du cycle des saisons, après l’été, c’est l’automne que le poète évoque le plus souvent :

« Voici venir l’automne aux soirs tristes et doux,

Aux crépuscules lents, délicats et sans force.

La vigne s’étiole aux flancs des coteaux roux

D’où s’élèvent les feux des haies aux vapeurs torses. »

 

Il s’esquive en quelques touches « le triste hiver, en sa mièvre langueur ».

Il n’aime pas l’ivresse du printemps car

« Dans cette ronde de désirs

Soulevant la nature entière

il sent que se libère le « tourbillon des souvenirs ».

 

Aux fleurs nouvelles il préfère « la fleur de son rêve éternel » !

 

Pendant ses siècles on a cru la nature immuable, puisqu’elle reverdit à chaque printemps alors que pour l’homme le compte à rebours est inexorable. Or désormais l’homme détruit la nature en voulant l’asservir avec ses villes tentaculaires et ses réseaux routiers qui envahissent les terres, et ses complexes industriels qui polluent l’air et l’eau :

« J’ai vu les bulldozers foncer dans la garrigue,

Broyant le chêne vert, l’amandier, l’arbousier…

J’ai vu dénaturer les bords de nos lagunes…

Et j’ai vu se dresser des cités futuristes,

Lourd amoncellement de béton, de ciments,

Suivant la conception de modernes stylistes

Qui bradent à l’envi tant de sites cléments. »

 

Il voit aussi avec tristesse mourir la Gardiole :

« Ce site grandiose et son exposition

Ne pouvaient échapper aux promoteurs avides,

Prêts à livrer d’emblée à la spéculation

Ce paysage unique aux horizons splendides.

 

Ils ont planté des pins sous lesquels rien ne vient,

Et divers résineux d’une essence inflammable,

Mais qui croissent très vite et donnent le moyen

De lotir promptement ces terrains désirables.

 

Ils ont déjà creusé des routes à nos frais

Pour préparer l’essor de leurs projets insignes,

Dénaturant ces lieux qui furent pleins d’attraits,

Détruisant sans pitié les vergers et les vignes. »

 

Que dire de la raffinerie de Frontignan ?!

« Mais déjà répandu sur la plage mourante,

Le pétrole a soufflé son odeur écœurante,

Fermant tout l’horizon aux oiseaux exilés.

Nul ne reconnaît plus ce que fut cette terre,

A l’aspect désolé, tristement solitaire,

Où raisonne le glas des sites mutilés. »

Pierre Bécat aimait donc la nature, parce qu’il aimait la vie et toutes les joies, matérielles et spirituelles, qui lui étaient ainsi données.

« La vie au rayon d’or dans mes veines se glisse

Et m’offre en souriant son précieux calice,

Encor tout parfumé de ses fruits, de ses fleurs. »

Il n’avait pas peur d’affronter la mort,

« Le sort qui m’a valu le mal qui me déchire

M’a donné le courage et la foi pour mourir. »

Mais il craignait d’atteindre d’autres rives avant d’avoir accompli sa tâche

« Qu’importe que des cheveux blancs ornent mon front,

Si le cœur reste jeune et la pensée utile.

La vieillesse n’est point comme un pesant affront,

Si le soleil consent à la rendre fertile.

 

Quand de pieuses mains auront fermé nos yeux,

Il sera beau d’avoir, sous la voûte des cieux,

Œuvré jusqu’à la fin pour des moissons futures ».

 

Robert LAPASSAT

 

[1] On pourra lire ou relire dans « Conflent » : Le grand schisme d’Occident, Shakespeare et le Roussillon, Académiciens dans le Conflent, Henry Muchart, un poète du Roussillon, Mireille et la féerie provençale, La légende d’Inès de Llar, Une journée à Sant-Vicens, Magistrats du Conflent, La fille de Lord Byron s’éteint dans le Midi, Amours romantiques : Germaine de Staël et Benjamin Constant, L’essor du romantisme allemand.

[2] L’Avenir, Blois, 28 octobre 1926.

[3] L’Express du Midi, Toulouse, 5 août 1925.

[4] « Nous avions pris place dans une lourde briska, attelée d’un solide cheval. Toutes les charrettes de la maison avaient été mobilisées pour véhiculer ceux que les trains ne pouvaient recevoir. Sur la route, ce n’était qu’une procession enthousiaste, dans un esprit de confiance et de révolte ». (Enfance et jeunesse occitanes, Editions Albatros, 1979, pp. 42-43).

[5] Editions Arts & Voyages, Lucien de Meyer éditeur, 1969.

[6] Nouvelles Editions Latines, 1971.

[7] La Pensée Universelle, 1974.

[8] Editions du Trident, 1985.

[9] La Gardiole, Nouvelles Editions Latines, 1950 – Nuit sur la glèbe, les Editions du Scorpion – Collection Alternance, 1959 – Le Champ du Moulin, Nouv. Ed. Lat. 1966 –Enfance et jeunesse occitanes, Editions Albatros, 1978.

[10] Le crime du curé de Nohèdes, Nouvelles Editions Latines, 1981

Gigean

Aux pieds de Saint-Félix, au seuil de sa garrigue,
Gigean s’épanouit dans l’azur occitan.
Des plus proches hauteurs, dans leur écrin d’argent,
Bleuissent les étangs où le pêcher navigue.

Plus loin, jaillit la mer et son halo de rêve,
Dans les jeux lumineux et ses flots palpitants.
Mouettes, goélands mêlent près de la grève,
Leurs ailes blanches aux blancs voiliers frissonnantes.

Quand le ciel étoilé luit sur les eaux dormantes,
Par une douce nuit qui sommeille et se tait,
Sur les clairs éboulis aux formes nonchalantes,
Imprégné des parfums et des soupirs d’été,
La campagne susurre, aimable confidente,

De ses massifs poreux mille tonalités
Qui glissent dans mon cœur, plein de diversité,
Le deuil et le regret de quelque image absente.

Gigean, ô mon pays, ma jeunesse, ma flamme,
Buisson ardent aux plis d’un divin reposoir !
A la pointe du jour, je sens vibrer mon âme,
J’entends battre son cœur à l’angélus du soir.

Pierre BÉCAT

Le Canigou

Ses teintes, ses rayons, varient au gré de l’heure,
Du mauve de l’aurore à la pourpre du soir,
Une brume impalpable à la minute effleure
Son faîte rougeoyant, pur comme un ostensoir.
Sa crête illuminée, au premier matin rose,
D’un bleu pâle à midi, miroitante au couchant,
Prend des couleurs de chair dans ses métamorphoses,
Et vire au gris d’ardoise à la nuit approchant.

Dans sa splendeur ambrée et sa beauté de marbre,
Tous ses feux condensés s’évaporent soudain.
A l’appel de la nuit il tend, comme un grand arbre,
Aux vrais flambeaux du ciel son front calme et hautain.

Il a su résister aux siècles d’âge en âge,
Il brise indifférent orages et typhons,
Il est civilisé tout en restant sauvage,
Et nul ne le connaît dans ses replis profonds.

Ses pistes, ses chemins ont de brusques virages
Qui butent aux rebords parfois vertigineux,
D’où l’on voit s’effondrer, comme aux creux des alpages,
Des pins agglutinés dans des amas rocheux.

Un cyprès, une chèvre, une bête de somme
Qu’on croirait agrippés près d’un ravin béant,
Aux abords crevassés, impressionnants pour l’homme,
Vibrent dans le fracas d’un torrent bourdonnant.

Il a ses verts pâtis où tintent les sonnailles,
Ses vides effrayants, ses pics inexplorés.
Le long de ses parois, de géantes entailles
Abritent des sentiers à travers les fourrés.

Silence des hauteurs et vertige des cimes.
Immense solitude aux falaises d’airain,
Où l’oiseau prédateur, au-dessus des abîmes,
Fonce sur une proie et l’enlève soudain.

Plus loin, quelques isards, un moment immobiles,
Franchissent d’un élan les coupoures des monts.
Puis, comme suspendus sur leurs pattes agiles,
Ils guettent le chasseur du haut de leurs balcons.

On y peut contempler le Golfe du Lion,
Dans la fascination de notre mer latine,
La plaine qui s’étire au long du Roussillon,
Le Ventoux qui défend la Provence voisine.

De sa croupe arrondie, éclatante et bleuâtre,
Qui livre incontinent quelque abri dans son flanc,
On découvre à ses pieds comme un amphithéâtre
La Têt et sa vallée aux portes du Conflent.

Vernet et ses hivers tièdes aux heures moites,
Prades et ses vergers aux parfums d’ambroisie,
Et son fleuve ondoyant dans ses berges étroites,
Molitg aux nuits d’été dignes d’Andalousie.

Tel est le Canigou, merveilleux florilège
Des climats, des saisons, des décors, des couleurs,
Qu’il soit enveloppé dans son manteau de neige,
Que ses rhododendrons le couvrent de leurs fleurs.

Géant, majestueux, splendide, solitaire,
Contraste florissant de concerts lumineux,
Sa pointe de diamant, sa forêt lapidaire,
Attirent le touiste intrépide et curieux.

Toujours plein d’impévus, telle une nébuleuse,
Sa forme, sa grandeur le font universel.
Il garde sa jeunesse aimable et généreuse
Et la sérénité de son faste éternel.

Pierre BÉCAT

Regards sur la décadence

Nous vous invitons à consulter le fascicule “Pierre Bécat, un regard sur l’histoire” (textes extraits de Regards sur la décadence) diffusé par le Groupe d’Action Royaliste, et disponible en format PDF à l’adresse suivante : http://www.calameo.com/books/00086931338f23ddb9d8b
Nous publions également un autre extrait de cet ouvrage, transmis et introduit par M. Frédéric Winckler du Groupe d’Action Royaliste, et publié sur le site http://www.actionroyaliste.com/.
J’ai passé de nombreux après-midi avec Pierre Becat, durant lesquels nous parlions des heures interminables sur ses souvenirs d’Action Française. De Pierre de Bénouville (résistant) et Jacques Renouvin (résistant, mort en déportation), anciens Camelots du Roi, qu’il avait bien connu, du Comte de Paris et tant d’autres souvenirs. Les lecteurs de Proudhon, les esprits libres y trouveront matière à réfléchir. Bref ceux qui tournent le dos au prêt à penser, qu’ils soient de sensibilité de gauche comme de droite, pourvu qu’ils aient encore dans les veines un sang “rebelle” face au monde uniforme qui approche. C’est en pensant à lui, que je publie ici quelques lignes ou nous retrouvons toute son analyse parfaite des évènements qui de la Révolution à aujourd’hui, illustrent la décadence Française… 
La mort du maître de l’Empirisme Organisateur, méthode d’analyse historique, qui servira au gouvernement, d’occasion pour dissoudre les Ligues.
Cet empirisme qui annonçait la guerre arrivant, faisant suite aux clauses du mauvais traité de Versailles, “plus dure dans ce qu’il devait être tolérant et plus tendre dans ce qu’il devait être intransigeant….”.
Comment l’absence de stratégie et le manque de diplomatie, précipitèrent l’Italie dans les bras d’Hitler, au nom de belles idées utopiques, annonciatrices de charniers…
Frédéric Winkler

Les obsèques de Jacques Bainville

Les obsèques de Jacques Bainville, écrivain, historien, journaliste, de l’Académie Française, ont eu lieu le 13 février 1936. Le corps du défunt avait été exposé dans la cour de l’immeuble où il habitait, rue de Bellechasse. A midi, dans ce local trop étroit pour contenir tous ceux qui s’y pressaient, deux discours furent prononcés : l’un par Léon Daudet, au nom des amis du défunt, l’autre par Me Henri Robert, directeur de l’Académie Française, parlant à titre personnel et en tant que représentant de l’illustre compagnie.
«La mort de Jacques Bainville, commença Henri Robert, est pour tous ceux qui l’ont connu, aimé et admiré, un sujet de profonde tristesse. Certes, nous le savions malade, atteint aux sources mêmes de la vie, mais nous voulions espérer quand même. II nous donnait l’exemple, en luttant avec un indomptable courage, un magnifique stoïcisme contre le mal qui le torturait. II avait auprès de lui, pour l’aider dans ce dur combat, sa femme dont les soins attentifs et l’inlassable dévouement réussirent par une sublime conspiration, à l’arracher plusieurs fois à son cruel destin.»
«Sa femme et son fils, ses confrères et ses amis ne sont pas les seuls à ressentir profondément la perte douloureuse qu’ils viennent de subir. Les Lettres françaises sont aussi en deuil. Maurice Donnay, en le recevant à l’Académie, a fait de notre confrère un magistral et définitif éloge.»«Dans les tristes circonstances présentes, je ne puis qu’évoquer son oeuvre. Jacques Bainville a écrit des livres qui ont con sacré sa grande réputation, et il est toujours resté fidèle au journalisme dans lequel il avait fait ses débuts, alors qu’il sortait à peine du lycée, en écrivant à Francisque Sarcey une lettre que celui-ci inséra dans Le Temps. Voir pour la première fois son nom imprimé dans les colonnes d’un grand journal, quelle joie et quel orgueil pour un collégien. Ce simple fait décida peut-être de sa vocation… »
Après ce discours qu’il serait trop long de reproduire en entier, Léon Daudet poursuivit :
«C’est comme vis-à-vis quotidien de Jacques Bainville, à notre table commune de travail de l’Action Française depuis vingt-huit ans, que je viens apporter à l’admirable veuve et au fils de notre cher ami, le suprême témoignage de notre douleur et aussi de notre fierté. Fierté que peuvent partager tous les collaborateurs de ce grand écrivain qui fut aussi un grand patriote.» «Eadem velle eadem nolle ea est vera amicitia. Vouloir les mêmes choses, ne pas vouloir les mêmes choses, voici la véritable amitié. La fidélité amicale de Bainville était connexe à la fidélité de ses convictions politiques. II disait de Charles Maurras qu’il lui devait tout sauf le jour. Cette formule pourrait être celle de la plupart d’entre nous. Tant de peines profondes et aussi de joies et de certitudes en commun ont créé entre nous, les maurrassiens, une solidarité que la mort même ne saurait anéantir. » «S’il est vrai que l’amour est plus fort que la mort, cela n’est pas moins vrai de l’amitié et au-delà des tombeaux quand il s’agit d’écrivains et d’hommes d’action, celle-ci se continue par leurs oeuvres, par leurs actes, par leurs intentions fraternelles.» «Amis, nous le fûmes dans la patrie, dans la France, notre mère, dont les dangers, les risques nous apparurent ensemble. Historien né, objectif et clairvoyant, pressentant les effets dans les causes comme un Thucydite et un Fustel de Coulanges, Bainville était atteint de cette transe des époques troubles : l’angoisse pour le pays. II n’était pas de jour qu’il ne m’en parlât ou n’y fît allusion. Poète par surcroît et de l’esprit le plus vif, le plus spontané, il voyait, navigateur des âges écoulés, monter à l’horizon les points noirs, annonciateurs de la tempête.» «Un article de lui dans la revue d’Action Française du 14 juillet 1914, intitulé Le Rêve serbe, annonce avec précision et clarté le mécanisme de la guerre européenne qui vient.»… «Sa plume ne tomba de ses mains qu’à la dernière minute. Jusqu’à ses derniers moments il s’entretint avec nous des sujets les plus divers, de ceux surtout qui lui tenaient au coeur. Cela nous permettait à nous, les collaborateurs de chaque jour, de lui cacher notre inquiétude.» «La veille de sa mort, il s’occupait avec Maurras de La Bruyère et il nous parlait de ses projets. Une seule plainte : quand pourrai-je reprendre avec vous nos petits dîners d’amis.» «Cher Bainville, tendre, délicat, grandiose ami, jusqu’à l’heure d’aller vous rejoindre, quand nous aurions dû vous précéder nous ne cesserons de penser à vous, de vous pleurer, de prier pour vous. »
Depuis lors, les événements n’ont fait que confirmer ce que nous savions déjà. Jacques Bainville était un esprit prophétique. C’est dans l’étude du passé, dans les profondeurs de l’Histoire qu’il lisait l’avenir. Entre autres prévisions, il avait annoncé, sept ans à l’avance, l’avènement d’Hindenbourg à la présidence de la république allemande. Peut-être alors, disait-il, mesurera-t-on l’aberration de notre politique. L’aveuglement de nos politiciens n’en persista pas moins. Et Hindenbourg eut toute latitude pour préparer la revanche en laissant la place à Hitler. La France était alors dans une de ces périodes tragiques, qui n’était pas la première depuis la Révolution et ne devait pas être la dernière, où chacun sent la catastrophe imminente, mais rares sont ceux qui osent l’annoncer. Cette sorte de léthargie permet aux gouvernements républicains de lancer le pays dans une guerre de diversion. Après quoi, il est interdit de douter de la victoire, faute d’être défaitiste. Et quand la défaite survient, laissant la France humiliée et meurtrie, les responsables s’en tirent en passant le fardeau aux innocents dont ils feront ensuite leurs accusés et leurs victimes.
C’était l’époque où Maurras écrivait : L’amour de l’Allemagne est une des maladies de la gauche française. Pourquoi ? Par ce que l’entreprise politique à laquelle la gauche, bon gré, mal gré, consciemment ou non, se trouve associée, est une entreprise d’anarchie et de barbarie dont les frais doivent être payés par tous les Français. La haine du passé français voue la gauche à cette fonction. La gauche s’était lancée dans une campagne acharnée contre Mussolini, notre allié le plus naturel, qui avait jusqu’alors empêché l’Anschluss en mobilisant sur le Brenner. Quant à l’Hitlérisme, elle ne s’en préoccupait point. Elle était même persuadée qu’en abandonnant la Sarre au Reich et en laissant les Allemands réoccuper la rive gauche du Rhin on aboutirait à une paix certaine. «Les chefs socialo-démocrates et communistes ont ruiné la propagande nazie», écrivait Léon Blum dans le Populaire du 12 janvier 1934. En fait, le plébiscite apportait à Hitler 90 % des votants. Confirmation aveuglante des résultats précédents qui n’avaient en rien modifié l’attitude des mêmes politiciens. C’est ainsi que dans le Populaire du 18 janvier 1932, on avait pu lire ces lignes, sous la même signature :«II est infiniment peu probable qu’une fois installé au gouvernement Hitler se livre à des provocations directes soit vis-à-vis de la France, soit même vis à-vis des puissances de l’Est. Révolutionnaire, il s’incline aujourd’hui devant la légalité allemande; il s’inclinera demain devant la légalité internationale.»
Or, en 1933 Hitler quittait la Société des Nations.
En mars 1935, il déchirait le Traité de Versailles et annonçait le réarmement de l’Allemagne.
En mars 1936, dénonçant le pacte de Locarno, il réoccupait en force la rive gauche du Rhin.
Seul, le député socialiste M. Grumbach, dans le Republikaner de Mulhouse, sans doute parce qu’Alsacien, se rallia aux démonstrations de Bainville. II s’était rendu compte que la victoire électorale des racistes de Hitler en Saxe avait coïncidé avec notre évacuation de la Rhénanie. En juin 1936, c’est l’avènement du Front Populaire. Hitler, complètement rassuré, se pose en défenseur de l’Italie à qui le gouvernement de la France applique rigoureusement «les sanctions», au sujet de l’Ethiopie. Seul, jusqu’alors, Mussolini s’était opposé à l’Anschluss, en mobilisant sur le Brenner en 1934. Désormais, il restera neutre. Hitler, n’ayant rien à redouter de la part de la France, décidera la réunion de tous les pays de langue allemande et occupera l’Autriche le 13 mars 1938.
Après avoir réussi son coup de force en Tchécoslovaquie, occupé Mémel, postérieurement aux accords de Munich, renforcé son alliance avec l’Italie et signé le pacte de neutralité germano-soviétique. Hitler se voit déclarer la guerre par le Front Populaire, au moment même, comme l’a dit Maurras, où il n’attendait que cela. Devant cette veulerie de l’Etat démocratique français, Bainville avait écrit avant sa mort :”Il ne sert à rien d’avoir raison.» Livrant au jour le jour le fruit de ses méditations, Jacques Bainville parlait peu, sauf avec quelques intimes : Léon Daudet, Maurras, Léon Bérard et certains autres qui ne concluaient pas comme lui à la nécessité de la monarchie, tel Raymond Poincaré qui était un de ses lecteurs assidus et un de ses admirateurs. Je n’ai pas oublié pour ma part une conversation prolongée que j’ai eu la chance d’avoir avec lui, après la parution de ses deux ouvrages que j’aime le moins : son Histoire de la Troisième République et son Napoléon. C’était dans son bureau de l’Action Française où il m’attendait seul pour m’entretenir d’une question juridique. L’essentiel étant dit, il me parla de Sainte-Beuve qui me parut être son auteur préféré. Ce grand observateur, dit-il, qui savait que l’homme à toutes les époques et dans tous les siècles se ressemble, qu’il a les mêmes passions, qu’il raisonne et se comporte de la même manière dans les mêmes cas. A son école, on ne croit pas que l’humanité date d’hier, qu’elle est différente aujourd’hui de ce qu’elle était autrefois, que les révolutions, les chemins de fer, le téléphone l’ont transformée. L’homme vit entre les convulsions de l’inquiétude et la léthargie de l’ennui. C’est à peu près le rythme de l’Histoire qui rend compte des évolutions et des guerres. L’homme ne change pas et il a besoin de gouvernements qui l’aident et le protègent. Ainsi que Napoléon, il considérait les institutions de l’Ancienne France comme les meilleures qui aient existé et qu’il suffisait, à chaque génération, de moderniser.
Encore jeune, Bainville n’avait pas atteint son apogée. Mais sa notoriété et son influence étaient telles qu’autour de son cercueil, au premier rang de l’assistance se pressaient les plus hautes personnalités de la politique et des lettres… Dans le cortège, précédé de deux chars remplis de fleurs et de couronnes, dont celles du duc et de la duchesse de Guise, on distinguait les très nombreuses délégations des journaux, avec entre autres Lucien Romier, Henri Massis, Louis d’Harcourt. Charles Maurras et la reine Amélie du Portugal suivaient aussitôt après la famille.
Tandis que cet imposant cortège s’engageait sur le Boulevard Saint-Germain, toutes sortes de délégations massées sur les côtés du boulevard et faisant la haie, se joignaient aussitôt à lui. De la rue de Bellechasse à la rue de l’Université, aux abords du Métro Solférino, les ligueurs de Paris et de la banlieue affluaient, ainsi que le groupe nombreux et discipliné des étudiants venus de la rue de l’Université et de la rue de Lille. La population parisienne, dans le plus profond recueillement, se décou­vrait devant cet impressionnant cortège qui défilait dans le plus profond silence. C’est alors que se produisit un incident qui devait avoir de graves répercussions sur la politique extérieure de la France. Tandis que Léon Blum, sortant de la Chambre des députés, regagnait en voiture son domicile, il se heurta au cortège funèbre. Le chauffeur prétendit qu’il avait stoppé aussitôt, mais reçu l’ordre de forcer le cortège. Indignés, des protestataires, dont certains n’étaient que spectateurs, s’interposèrent et cassèrent les vitres de la voiture. Léon Blum reçut des ecchymoses au visage et se fit conduire à l’Hôtel Dieu où il fut pansé immédiatement.
Quand il revint à la Chambre des députés, avec une mise en scène bien orchestrée, il fut accueilli par son parti aux cris de «Dissolution des Ligues». Et Albert Sarraut, ministre de l’Intérieur, fit signer, par le président fantoche Albert Lebrun, la dissolution de toutes les organisations d’Action Française que suivit celle de toutes les ligues nationales. Dans la situation inextricable où se débattait alors le gouvernement, au lendemain des émeutes du 6 février et à la veille de la préparation du Front populaire, dans la contexture d’une politique étrangère tendancieuse, il faut une explication logique.II semble exclu que Léon Blum, qui n’aimait ni la foule ni la bagarre, ait lui-même poussé son chauffeur à forcer un cortège funèbre, dans des conditions qui ne pouvaient que lui nuire. D’un autre côté, qui avait donné l’ordre au chauffeur d’aller de l’avant? Léon Blum n’était pas seul dans la voiture et il semble bien qu’elle ait été téléguidée. C’était d’ailleurs l’avis de Jean Chiappe qui s’y connaissait sur ce genre de complots. Au surplus, pour masquer les lugubres reflets de ce tableau déprimant, une certaine presse a prétendu que le chef socialiste molesté avait été délivré par un groupe d’ouvriers qui travail laient non loin de là. Or, cela n’a jamais existé. D’abord, il était plus de midi et demi, heure à laquelle les ouvriers ne sont pas au travail. En second lieu, les étudiants, ligueurs et membres du cortège n’ont porté la main sur aucun des occupants de la voiture. Les agents survenant n’ont procédé à aucune arrestation. Et d’ailleurs, jeunes et nombreux comme ils l’étaient, les protestataires, s’ils l’avaient voulu, auraient fait voltiger comme un hochet la voiture et ses occupants. Enfin, qu’auraient pu faire à leur encontre quelques ouvriers qui seraient intervenus?
II y avait là Maxime Réal del Sarte et sa redoutable équipe. Evidemment, cela fait bien de pouvoir dire que des ouvriers sont intervenus en tant que sauveteurs d’un chef socialiste en danger, comme si les socialistes avaient le monopole de la classe ouvrière qui, à Paris, on le voit aux élections municipales, est plutôt nationaliste. D’ailleurs, Léon Blum n’était pas député de Paris. Mis en échec dans la région parisienne, il s’était fait élire à Narbonne. Mais depuis la spoliation des entreprises de presse, on nous fa brique une petite histoire qui s’enracine peu à peu dans les esprits. A vrai dire, il fallait un prétexte pour dissoudre les ligues nationales qui s’insurgeaient contre une politique qui conduisait à la guerre. C’est Mandel qui disait que les démocraties ne se préparent à la guerre que si l’on les y engage d’abord. Pour éviter un nouveau 6 février, il fallait procéder à la dissolution des ligues et trouver un prétexte à cet effet. Le régime ne manquait pas de moyens. Mais il sortait amoindri des émeutes sanglantes, la disparition de Stavisky, du Conseiller Prince hantait encore toutes les mémoires. Les forces occultes de la république se sont rabattues sur un procédé macabre, sans se dissimuler pour autant que le stratagème aurait pu mal tourner.
Pierre Bécat, Regards sur la Décadence

 

Henri V et les féodaux

 

Genèse de l’ouvrage (par André Bécat)

Si l’on se réfère aux traditions des familles Bécat, Rotgé-Roger, la fidélité à la branche aînée, légitimiste, est constante. Dans les albums photographiques des Bécat, on trouve un portrait d’Henri V, figurant à côté d’une photographie du Prince Impérial, car depuis l’alliance entre les Bécat et les Fieschi, qui descendent des Ramolino (famille de la mère de Napoléon), une passion bonapartiste s’est emparée d’une partie de la famille. Même scénario du côté des Rotgé-Roger. Gabriel Rotgé (1826-1904), juge de paix de Sournia, grand propriétaire terrien, pionnier dans l’observation météorologique, était de tradition légitimiste, comme ses parents et grands-parents. On le constate très bien dans les commentaires qui émaillent son carnet d’observations météorologiques et qui constitue un véritable journal local et familial. Cependant, l’alliance avec les Bonet, va, là aussi, introduire un penchant bonapartiste.
L’impossibilité pour Henri V de monter sur le trône de ses ancêtres a été vécu comme une tragédie par les deux familles. Sous l’influence rayonnante de Charles Maurras, et surtout de Marcel Azaïs, mon Père finit par se rallier aux Orléans. Après 1936, il se détacha progressivement de l’Action française et donna une série de conférences dans toute la France en se référant souvent aux actions sociales du Comte de Chambord. Même évolution suivie par son collaborateur Me Jacques Renouvin. Cependant, une certaine défiance subsistait envers la famille d’Orléans. Les péripéties des années 1940 n’ont pas amélioré la situation. Pourtant, les relations reprirent au retour d’exil des Princes. Cela se concrétisa par l’invitation du trio Bécat au mariage à Dreux du Prince Henri avec la Duchesse de Wurtemberg (5 juillet 1957).
La suite des évolutions allait bientôt augmenter la méfiance. C’est dans ce contexte que, grâce à un ami parisien, j’ai fait en 1970 la connaissance d’un neveu de l’Académicien et “Duc” René de Castries (1908-1986). Il devait passer une partie de ses vacances d’été dans le château de Castries, résidence de son oncle, près de Montpellier, et vint nous rejoindre quelques jours à Gigean, avant de repartir. Puis, un coup de téléphone du “Duc” de Castries nous invite à venir déjeuner et passer l’après-midi au château. Nous étions trois, une amie valaisanne, mon ami parisien et moi-même. Le repas, très agréable, servi sur une splendide table en acajou qui me semblait anglaise, devint quelque peu solennel quand la “Duchesse” annonça à notre souriante valaisanne qu’elle occupait la place d’honneur où se trouvait la Reine Mère d’Angleterre. La visite des jardins, de l’aqueduc de Riquet, sous la conduite des illustres propriétaires, fut passionnante.  Comme nous allions nous retirer (il était déjà plus de 17h), le “Duc” s’installa à son bureau, et nous dédicaça à chacun le dernier de ses ouvrages, qui venait de paraître, Le grand refus du comte de Chambord. En rentrant à Gigean, sous une somptueuse lumière méditerranéenne, je ne m’attendais pas aux répercussions qu’allait avoir cette dédicace. Pourtant, en arrivant au soleil couchant au fond du jardin, nous eûmes la surprise de voir surgir au-delà de la Montagne d’Agde, le Canigou d’un bleu marine majestueux. C’est signe d’orage trois jours après, dit-on dans la région. Nous avons repris notre vie insouciante et relaxante.
Trois jours après l’apparition du Canigou, de gros orages rafraîchissaient ponctuellement les terres viticoles languedociennes surchauffées. Mes amis repartaient, et ce fut le retour de Prades des Parents, qui venaient me retrouver pour s’occuper avec moi des vendanges. Le livre décidacé du “Duc” de Castries éveilla rapidement la curiosité de mon Père. Il disparut dans son bureau… Je ne l’ai d’ailleurs jamais retrouvé ! Toujours est-il qu’il déchaîna des passions légitimistes ancestrales. Mon Père fouilla dans ses abondantes documentations historiques et commença à échafauder le projet d’un ouvrage réfutant les théories quelque peu évanescentes du “Duc” Académicien. Le titre fut vite trouvé : Henri V et les féodaux. Le principal visé n’était pas loin et ne se doutait pas de l’orage qu’il venait de provoquer en me dédicaçant son ouvrage. La riposte paternelle fut rapidement constituée. Quelque peu embarrassé, j’essayais de gagner du temps en… faisant la grève des corrections ! En effet, nous relisions et corrigions, ma Mère et moi, tous les romans, essais, poèmes et chroniques que mon père se préparait à faire paraître. Tout cela sans compter les nombreux poèmes ! Il en réalisait un, et quelquefois plusieurs par jour qu’il déclamait de sa voix de prétoire. Ma Mère surtout et moi progressivement étions passés maîtres pour stopper les élans oratoires. On l’aiguillonnait en relevant la moindre faiblesse des poèmes. L’orateur réagissait comme un taureau furieux. Même lorsque nos piques étaient à fleuret moucheté, cela prenait l’allure de joutes à la Sétoise. Au fond, le trio s’amusait beaucoup ! Rien de tout cela avec la réplique du Grand refus… Non seulement j’avais fait la grève de corrections, mais je ne l’ai jamais lu ni un livre ni l’autre pendant de nombreuses années !
De toute manière, je ne pensais pas rencontrer le “Duc”, ce qui me rassurait. Cependant, plus tard, le destin allait me réserver une surprise. C’est ma propre Mère qui allait en être l’instrument involontaire. On inaugure, me dit-elle, une grande partie des restaurations du château d’Alexandre Dumas, “Montre-Cristo” au Port-Marly (dans les Yvelines). Quelques personnalités sont là, dont le Président de la société de restauration, Alain Decaux… mais je ne savais pas que le vice-président était le “Duc” de Castries, qui était là en personne, et me reconnaissant, me dit : “Il paraîtrait que j’ai provoqué un cyclone en vous dédicaçant mon Grand refus…” Je rétorquai en lui disant que j’avais fait grève de corrections, précisant que je n’avais lu aucun des deux ouvrages. J’étais donc en terrain neutre. Le propre des ouvrages intéressants est de provoquer des réactions fortes, me répondit le “Duc”. Puis un aimable échange s’installa sur les talents culinaires de l’illustre maître des lieux. Je ne devais plus revoir le “Duc” qui disparut peu après (en 1986). Le temps passa, mes Parents disparurent. En 2008 parut le livre de Daniel de Montplaisir, Le comte de Chambord. Le rencontrant rue du Petit-Pont, il me demanda si je pouvais lui fournir Henri V et les féodaux. L’occasion me fut donnée de le lui offrir lors de l’Université d’été du Mans en 2009. Je m’empressai d’acquérir son propre ouvrage. La dédicace fut éloquente : “Au fils de celui qui m’a beaucoup appris”. Étant revenu dans le giron légitimiste, je lus avec autant d’intérêt les deux ouvrages qui m’ont conforté dans mon choix.

Résumé (quatrième de couverture)

Aux romans, poèmes et ouvrages historiques et économiques qu’il a publiés, notamment le Napoléon et le Destin de l’Europe, de plus en plus demandé, Pierre Bécat ajoute : HENRI V ET LES FÉODAUX où il met en lumière la haute et véritable figure du Comte de Chambord, qui aurait dû régner sous le nom d’Henri V et dont la personnalité a été déformée et calomniée par une poignée de ducs intéressés à faire échouer la Restauration.
Ces derniers et certains de leurs descendants ont représenté le Prince comme responsable de ce qu’ils ont appelé le “grand refus”, alors que par leurs intrigues, peu à peu dévoilées, ils l’avaient systématiquement écarté du pouvoir. Élus par le peuple pour ramener Henri V, ces transfuges entendaient constituer, accaparer et conserver à leur profit une sorte de gouvernement féodal.
L’auteur fait justice de la question du drapeau, en se reportant à des textes irréfutables, dont les propos du duc de Lévis et du Comte de Chambord lui-même. Toute cette phase passionnante de l’Histoire de France, de 1848 à 1877, est explicitée en 224 pages.
On y trouve le remarquable programme social du Comte de Chambord, en avance de 150 ans sur son siècle, et bien plus et juste et plus humain que l’actuel, puisqu’il comportait le vote de l’impôt et ne pouvait être générateur d’agitations ni de grèves.
Au vrai, c’est l’énoncé de ce programme qui avait ligué contre Henri V les puissants du jour, associés à l’exploitation d’un État dépourvu de son chef légitime.
Si, par la suite, le Comte de Paris Philippe VII, le duc d’Orléans Philippe VIII et Charles Maurras qui l’a reconnu ont établi une doctrine sociale inexpugnables, ce fut grâce à l’intelligence et à la grandeur d’âme du Comte de Chambord.

Table des matières

Première partie
Départ de Charles X et la Monarchie de Juillet
Le parlementarisme
Le droit divin
Le travailleur isolé
La légitimité de 1830 à 1848
Formation du prince
La fusion manquée
L’heure de Napoléon III
Le coup d’Etat
Lendemains du 2 décembre
Nouvelle tentative de fusion
Négociations sous l’Empire
La fusion torpillée
La guerre de 1870
Les républicains pour l’unité allemande
L’affaire du trône d’Espagne
Un succès diplomatique sans lendemain
Les va-t-en-guerre tombent dans le piège de Bismarck
Deuxième partie
La victoire de Thiers
Chute de Thiers
Mauvais débuts
Le programme social d’Henri V
La fusion
La caisse noire
L’entrevue des Deux Princes
Une basse manoeuvre
Le plan de Janicot
Nouvelle offensive à Frohsdorf
Mission Sugny et du Vigneux
Mission Gambier
L’entretien de Salzbourg
L’entretien
Satisfaction de Chesnelong
Le mauvais coup des ducs et le faux Savary
Autour du septennat
La présence du prince
Le calice
Le vote
L’adieu
Le 16 mai 1877 et la démission de Mac-Mahon
Les derniers outrages
L’intervention du Comte de Chambord
Les Lois constitutionnelles
L’amendement Wallon
Le chef d’Etat ficelé
Vers la dissolution
La dissolution
Le maréchal persiste et succombe
Le nouveau régime et le départ de Mac-Mahon
Epilogue
Lettre sur les ouvriers
Conclusion