Lieux de vie

Les différents lieux de vie de Pierre Bécat ont une importance fondamentale dans sa poésie, mais aussi dans son engagement politique. Présent à Paris comme avocat à la cour d’appel en pleine apogée de l’Action française, présent à la journée du 6 février 1934, Pierre Bécat résida ensuite beaucoup en Roussillon dont il appréciait la nature et l’histoire, sans négliger l’Hérault où se trouvaient ses propres racines. Nous vous proposons de faire un rapide parcours iconographique à travers ces lieux emblématiques.

Gigean

D’après André Bécat

La propriété de Gigean (34), était le domaine familial des Bécat. Evocation d’une journée de vacances à la propriété.
De mon côté, mes parents étant partis dans la maison de Prades, j’avais la jouissance de la propriété de Gigean qui comprenait une maison de propriétaire viticulteur de 17 pièces, avec magasin, cave, grande cour, écuries, hangar et grand jardin, le tout formant un enclos d’un hectare, proche de l’étang de Thau et des villes de Sète et de Montpellier. C’était l’occasion rêvée pour inviter mes amis parisiens. L’ambiance était décontractée. Il m’était facile de partir à Sète le matin à la fraîche (sans jeu de mot!) et, après un bain de mer, rapport des sardines fraîchement péchées que l’on faisait griller aux sarments de vigne dans la cour. L’après-midi on s’occupait un peu du cheval de trait, un superbe percheron de 800 kh, surnommé « Papillon », qui avait toutes les qualités, superbe, courageux, adorable. L’après-midi, repos dans le jardin et, vers 20h, départ pour les plages de Frontignan, où l’on profitait des baignades solitaires car les foules d’estivants repartaient pour le rituel dîner du soir vers 20h. Pour nous, c’était le retour vers 23 h et Medianoche !
 

Paris

L’appartement du boulevard de Charonne fut la résidence principale de Pierre Bécat, alors qu’il était avocat au barreau de Paris.
Cet appartement, dont la famille Bécat s’est séparé depuis, était situé au deuxième étage de cet immeuble haussmanien du XXe arrondissement.

Prades

La demeure familiale de l’épouse de Pierre Bécat fut l’une de ses résidences secondaires pendant de nombreuses années, puis la villégiature de prédilection après la vente des propriétés héraultaises. Ce fut également sa dernière demeure.
Il s’agit de l’une des belles demeures bourgeoises construites au milieu du XIXe siècle à Prades, ville alors prospère et florissante. Commencée par Sigismond de Roquemaurel, percepteur des Impôts, dont le beau-père Thomas Pujol avait été maire de Prades, elle est ensuite vendue à la famille Galaud (Joseph Galaud, un avoué, avait lui aussi été maire de Prades de 1850 à 1853), qui l’améliore considérablement, passe ensuite dans la famille Bonet, puis dans la famille Rotgé, avant que Gabrielle Rotgé devienne Mme Pierre Bécat. Elle n’est plus la propriété des Bécat depuis 2007.

Thuès

Pierre Bécat se plut beaucoup dans ce domaine montagnard, situé en haut Conflent, qui faisait partie des propriétés héritées par son épouse de la famille de Bordes.
La famille de Bordes fut anoblie en 1721 sous Louis XV. L’ancêtre, viguier de Conflent et de Capcir, avait rendu de grands services à la monarchie à la fin du règne de Louis XIV en acheminant les vivres et le matériel nécessaire aux armées stationnées dans les forts de Villefranche-de-Conflent et Mont-Louis. Cette famille ne cessa de se soucier de l’administration de son domaine de Thuès, situé à 21 km de Prades. Jusqu’à son extinction, en 1943 en la personne de Gabrielle de Bordes, sans alliance, il fut administré de haute main. Gabrielle Rotgé, épouse de Pierre Bécat, était l’une des héritières de la famille de Bordes ; M. et Mme Bécat séjournèrent donc à de nombreuses reprises dans la propriété, avant même le décès de Gabrielle de Bordes, comme en témoigne la photographie de famille.
De gauche à droite : Pierre Bécat, André Bécat jeune, une employée, Gabrielle de Bordes, Gabrielle Rotgé-Bécat

 

Etat actuel de la propriété

Documents inédits

Plusieurs documents inédits apportent d’intéressants témoignages sur la carrière, la vie personnelle et militante de Pierre Bécat. Au milieu de ses archives, nous avons retrouvé sa carte de l’Ordre des Avocat à la Cour d’Appel de Paris, sa carte de membre de la Ligue d’Action française et son fascicule de mobilisation. Nous rappelons que Pierre Bécat fut grand blessé de guerre.

Carte d’avocat (Ordre des Avocats à la Cour d’Appel de Paris)

 

Carte de membre de la Ligue d’Action française

 

Fascicule de mobilisation

Généalogie

Pierre Bécat était avocat et écrivain, mais, au coeur de ses combats politiques et de ses inspirations littéraires, se trouvent les lieux où vécurent ses ancêtres et les demeures qu’ils lui léguèrent. C’est tout d’abord le Languedoc, terre d’origine des Bécat, puis le Roussillon. Les actuels départements de l’Hérault, d’un côté, et des Pyrénées-Orientales, de l’autre. Mais, en remontant, on s’aventure aussi en Irlande…

Familles Bécat (Pignan), Maissonnier (Gigean)

 

La famille Bécat est fixée à Saint-Paul-Valmalle (34), au XVIIe siècle. En 1677, par un mariage, elle se fixe à Pignan. C’est l’union d’Antoine Bécat et de Jeanne Dufour. Dans les degrés suivants, les Bécat sont tous cultivateurs et propriétaires (travailleur [de terre]). Ils s’allient à chaque génération dans une famille du même monde : Arbousset, Pinède, Mestre, puis Deleuze.
C’est Pierre Bécat, second du nom, né en 1813, qui épouse en 1838 Joséphine Elisabeth Deleuze. Celle-ci, fille d’un riche propriétaire terrien, est la petite-fille de Jean André Deleuze, originaire de Murviel-lès-Montpellier, et de Catherine Agnès Delanglade. Cette famille Delanglande est une influente lignée de notaires royaux de Pignan, qui ont donné un viguier à la ville en la personne de Louis Delanglade. Au XIXe siècle, un cousin, Jean-Baptiste Delanglade s’établit comme notaire à Marseille. Ses descendants s’allieront avec les plus grandes familles de Marseille (Bergasse, Cyprien-Fabre), et notamment avec Henry Bergasse, député des Bouches-du-Rhône et ministre des Anciens Combattants.
Mais revenons à la famille Bécat : en ligne directe, le fils du second Pierre Bécat s’appelle à nouveau Pierre (Numa Victor). Il épouse en 1862 Anastasie Bousquet, fille d’un propriétaire foncier. Leur fils, Louis Bécat (1870-1949), propriétaire cultivateur, dont vous voyez l’acte de naissance ci-dessous, quitte Pignan pour Gigean à son mariage avec Marie-Thérèse Maissonnier.
La famille Maissonnier est également une famille de cultivateurs aisés, est connue à Gigean dès le XVIIe siècle. Les parents de Marie-Thérèse sont propriétaires. C’est par ligne collétarale que se fait l’alliance avec la famille Fieschi, originaire du village de Renno en Haute-Corse et descendant de la famille Ramolino, dont était la mère de Napoléon Bonaparte. Les descendants actuels des Fieschi sont les Fieschi-Vivet.

Famille Rotgé (Roussillon)

Les Rotgé, installés depuis longtemps en Roussillon et pour ainsi dire enracinés dans le terroir, auraient une origine plus exotique. Le premier Rotgé à avoir foulé le sol français aurait été Jacques Rotgé (ou James Rotger), un irlandais. Historiquement, on date l’arrivée des partisans de Jacques II, catholiques, après la défaite de Limerick contre Guillaume d’Orange, en 1697. Les Rotgé feraient partie de ces jacobites comme les Dillon ou les O’Mahony, peut-être mercenaires (« oies sauvages »)…
La légende continue : ce Rotgé aurait habité à Paris tout d’abord, rue des Mauvais Garçons (actuellement IVe arrondissement), avant de se fixer à Sournia, où sa descendance existe en effet à la charnière du XVIIe et du XVIIIe siècle. Le portrait reproduit ici serait le sien…
Nous ne pouvons pas actuellement vérifier l’exactitude de ces données, faute de documents. Le premier acte qui atteste de la présence des Rotgé en Roussillon date du 15 décembre 1738. C’est l’acte de mariage de Jacques Rotgé, fils de Jacques et Catherine Rotgé, avec Marie Alis, à Saint-André (act. Pyrénées-Orientales). François Rotgé, leur fils, épouse Thérèse Barescut, issue d’une famille noble bien connue d’Ille-sur-Têt. Le père avait assisté en 1789 à l’Assemblée de la Noblesse de Roussillon, le premier ancêtre avait été anobli en 1706 par Lettres patentes de Louis XIV le faisant « burgès honrat de Perpignan ».
Les Rotgé se fixent à Sournia par le mariage de Jacques Rotgé, fils des précédents, et de Catherine Roger, le 8 juin 1825. Jacques est garde forestier général à Sournia. Avec son épouse, il est propriétaire du domaine de Palmes, dans la campagne de Sournia, et de nombreuses terres dans les parages, notamment à Campoussy. Le château de Sournia a été acquis à la fin du XVIIIe siècle à la famille de Castéras par les Roger.
Gabriel Rotgé (1826-1904), fils du couple Rotgé-Roger, juge de paix du canton de Sournia, épouse Caroline Saleta, descendant d’une part des Saleta, famille de grands notables perpignanais (avocats) et des Meric (influents banquiers fixés doublement à Perpignan et à Barcelone). Ils ont Hélène Rotgé, mariée à Paul Bauby (ce sont les parents des frères Bauby, Charles et Firmin, qui ont joué un rôle important dans la vie artistique et culturelle des Pyrénées-Orientales au milieu du XXe siècle) ; et Joseph Rotgé.
Par les Roger, se fait la parenté avec les Bordes, les soeurs et le dernier représentant de la lignée, Philibert de Bordes (1845-1930). Les Bordes possédaient une propriété à Thuès dont hérita également madame Bécat. Sur cette ancienne famille de la noblesse du Roussillon (anoblie par Lettres patentes de Louis XV en 1721), un livre illustré est en cours de préparation. Le dernier membre de cette famille fut Philibert de Bordes, mort en 1943 (illustration ci-contre).
Joseph Rotgé (1874-1935) se marie à Elisabeth Bonet qui lui apporte une vaste maison à Prades. Construite par les Roquemaurel, puis achetée par les Galaud, qui étaient chirurgiens, elle était passée à la famille Bonet. Mais rien ne vaut, sur cette dernière famille, la lecture de l’excellent article du professeur Georges Bonet, Les Bonet de Banyuls-dels-Aspres, en Roussillon, paru dans diverses revues érudites. Il s’agit d’une enquête très détaillée et documentée sur la noblesse des Bonet.
Le couple Bécat fréquenta donc à de nombreuses reprises les propriétés héritées des Rotgé, Roger, Bordes, Bonet, à Sournia, Campoussy, Thuès, Prades. Dans la maison de Prades s’éteignit Pierre Bécat en 1993, puis son épouse en 1999, dernière représentante de la famille Rotgé.