Henri V et les féodaux

 

Genèse de l’ouvrage (par André Bécat)

Si l’on se réfère aux traditions des familles Bécat, Rotgé-Roger, la fidélité à la branche aînée, légitimiste, est constante. Dans les albums photographiques des Bécat, on trouve un portrait d’Henri V, figurant à côté d’une photographie du Prince Impérial, car depuis l’alliance entre les Bécat et les Fieschi, qui descendent des Ramolino (famille de la mère de Napoléon), une passion bonapartiste s’est emparée d’une partie de la famille. Même scénario du côté des Rotgé-Roger. Gabriel Rotgé (1826-1904), juge de paix de Sournia, grand propriétaire terrien, pionnier dans l’observation météorologique, était de tradition légitimiste, comme ses parents et grands-parents. On le constate très bien dans les commentaires qui émaillent son carnet d’observations météorologiques et qui constitue un véritable journal local et familial. Cependant, l’alliance avec les Bonet, va, là aussi, introduire un penchant bonapartiste.
L’impossibilité pour Henri V de monter sur le trône de ses ancêtres a été vécu comme une tragédie par les deux familles. Sous l’influence rayonnante de Charles Maurras, et surtout de Marcel Azaïs, mon Père finit par se rallier aux Orléans. Après 1936, il se détacha progressivement de l’Action française et donna une série de conférences dans toute la France en se référant souvent aux actions sociales du Comte de Chambord. Même évolution suivie par son collaborateur Me Jacques Renouvin. Cependant, une certaine défiance subsistait envers la famille d’Orléans. Les péripéties des années 1940 n’ont pas amélioré la situation. Pourtant, les relations reprirent au retour d’exil des Princes. Cela se concrétisa par l’invitation du trio Bécat au mariage à Dreux du Prince Henri avec la Duchesse de Wurtemberg (5 juillet 1957).
La suite des évolutions allait bientôt augmenter la méfiance. C’est dans ce contexte que, grâce à un ami parisien, j’ai fait en 1970 la connaissance d’un neveu de l’Académicien et « Duc » René de Castries (1908-1986). Il devait passer une partie de ses vacances d’été dans le château de Castries, résidence de son oncle, près de Montpellier, et vint nous rejoindre quelques jours à Gigean, avant de repartir. Puis, un coup de téléphone du « Duc » de Castries nous invite à venir déjeuner et passer l’après-midi au château. Nous étions trois, une amie valaisanne, mon ami parisien et moi-même. Le repas, très agréable, servi sur une splendide table en acajou qui me semblait anglaise, devint quelque peu solennel quand la « Duchesse » annonça à notre souriante valaisanne qu’elle occupait la place d’honneur où se trouvait la Reine Mère d’Angleterre. La visite des jardins, de l’aqueduc de Riquet, sous la conduite des illustres propriétaires, fut passionnante.  Comme nous allions nous retirer (il était déjà plus de 17h), le « Duc » s’installa à son bureau, et nous dédicaça à chacun le dernier de ses ouvrages, qui venait de paraître, Le grand refus du comte de Chambord. En rentrant à Gigean, sous une somptueuse lumière méditerranéenne, je ne m’attendais pas aux répercussions qu’allait avoir cette dédicace. Pourtant, en arrivant au soleil couchant au fond du jardin, nous eûmes la surprise de voir surgir au-delà de la Montagne d’Agde, le Canigou d’un bleu marine majestueux. C’est signe d’orage trois jours après, dit-on dans la région. Nous avons repris notre vie insouciante et relaxante.
Trois jours après l’apparition du Canigou, de gros orages rafraîchissaient ponctuellement les terres viticoles languedociennes surchauffées. Mes amis repartaient, et ce fut le retour de Prades des Parents, qui venaient me retrouver pour s’occuper avec moi des vendanges. Le livre décidacé du « Duc » de Castries éveilla rapidement la curiosité de mon Père. Il disparut dans son bureau… Je ne l’ai d’ailleurs jamais retrouvé ! Toujours est-il qu’il déchaîna des passions légitimistes ancestrales. Mon Père fouilla dans ses abondantes documentations historiques et commença à échafauder le projet d’un ouvrage réfutant les théories quelque peu évanescentes du « Duc » Académicien. Le titre fut vite trouvé : Henri V et les féodaux. Le principal visé n’était pas loin et ne se doutait pas de l’orage qu’il venait de provoquer en me dédicaçant son ouvrage. La riposte paternelle fut rapidement constituée. Quelque peu embarrassé, j’essayais de gagner du temps en… faisant la grève des corrections ! En effet, nous relisions et corrigions, ma Mère et moi, tous les romans, essais, poèmes et chroniques que mon père se préparait à faire paraître. Tout cela sans compter les nombreux poèmes ! Il en réalisait un, et quelquefois plusieurs par jour qu’il déclamait de sa voix de prétoire. Ma Mère surtout et moi progressivement étions passés maîtres pour stopper les élans oratoires. On l’aiguillonnait en relevant la moindre faiblesse des poèmes. L’orateur réagissait comme un taureau furieux. Même lorsque nos piques étaient à fleuret moucheté, cela prenait l’allure de joutes à la Sétoise. Au fond, le trio s’amusait beaucoup ! Rien de tout cela avec la réplique du Grand refus… Non seulement j’avais fait la grève de corrections, mais je ne l’ai jamais lu ni un livre ni l’autre pendant de nombreuses années !
De toute manière, je ne pensais pas rencontrer le « Duc », ce qui me rassurait. Cependant, plus tard, le destin allait me réserver une surprise. C’est ma propre Mère qui allait en être l’instrument involontaire. On inaugure, me dit-elle, une grande partie des restaurations du château d’Alexandre Dumas, « Montre-Cristo » au Port-Marly (dans les Yvelines). Quelques personnalités sont là, dont le Président de la société de restauration, Alain Decaux… mais je ne savais pas que le vice-président était le « Duc » de Castries, qui était là en personne, et me reconnaissant, me dit : « Il paraîtrait que j’ai provoqué un cyclone en vous dédicaçant mon Grand refus… » Je rétorquai en lui disant que j’avais fait grève de corrections, précisant que je n’avais lu aucun des deux ouvrages. J’étais donc en terrain neutre. Le propre des ouvrages intéressants est de provoquer des réactions fortes, me répondit le « Duc ». Puis un aimable échange s’installa sur les talents culinaires de l’illustre maître des lieux. Je ne devais plus revoir le « Duc » qui disparut peu après (en 1986). Le temps passa, mes Parents disparurent. En 2008 parut le livre de Daniel de Montplaisir, Le comte de Chambord. Le rencontrant rue du Petit-Pont, il me demanda si je pouvais lui fournir Henri V et les féodaux. L’occasion me fut donnée de le lui offrir lors de l’Université d’été du Mans en 2009. Je m’empressai d’acquérir son propre ouvrage. La dédicace fut éloquente : « Au fils de celui qui m’a beaucoup appris ». Étant revenu dans le giron légitimiste, je lus avec autant d’intérêt les deux ouvrages qui m’ont conforté dans mon choix.

Résumé (quatrième de couverture)

Aux romans, poèmes et ouvrages historiques et économiques qu’il a publiés, notamment le Napoléon et le Destin de l’Europe, de plus en plus demandé, Pierre Bécat ajoute : HENRI V ET LES FÉODAUX où il met en lumière la haute et véritable figure du Comte de Chambord, qui aurait dû régner sous le nom d’Henri V et dont la personnalité a été déformée et calomniée par une poignée de ducs intéressés à faire échouer la Restauration.
Ces derniers et certains de leurs descendants ont représenté le Prince comme responsable de ce qu’ils ont appelé le « grand refus », alors que par leurs intrigues, peu à peu dévoilées, ils l’avaient systématiquement écarté du pouvoir. Élus par le peuple pour ramener Henri V, ces transfuges entendaient constituer, accaparer et conserver à leur profit une sorte de gouvernement féodal.
L’auteur fait justice de la question du drapeau, en se reportant à des textes irréfutables, dont les propos du duc de Lévis et du Comte de Chambord lui-même. Toute cette phase passionnante de l’Histoire de France, de 1848 à 1877, est explicitée en 224 pages.
On y trouve le remarquable programme social du Comte de Chambord, en avance de 150 ans sur son siècle, et bien plus et juste et plus humain que l’actuel, puisqu’il comportait le vote de l’impôt et ne pouvait être générateur d’agitations ni de grèves.
Au vrai, c’est l’énoncé de ce programme qui avait ligué contre Henri V les puissants du jour, associés à l’exploitation d’un État dépourvu de son chef légitime.
Si, par la suite, le Comte de Paris Philippe VII, le duc d’Orléans Philippe VIII et Charles Maurras qui l’a reconnu ont établi une doctrine sociale inexpugnables, ce fut grâce à l’intelligence et à la grandeur d’âme du Comte de Chambord.

Table des matières

Première partie
Départ de Charles X et la Monarchie de Juillet
Le parlementarisme
Le droit divin
Le travailleur isolé
La légitimité de 1830 à 1848
Formation du prince
La fusion manquée
L’heure de Napoléon III
Le coup d’Etat
Lendemains du 2 décembre
Nouvelle tentative de fusion
Négociations sous l’Empire
La fusion torpillée
La guerre de 1870
Les républicains pour l’unité allemande
L’affaire du trône d’Espagne
Un succès diplomatique sans lendemain
Les va-t-en-guerre tombent dans le piège de Bismarck
Deuxième partie
La victoire de Thiers
Chute de Thiers
Mauvais débuts
Le programme social d’Henri V
La fusion
La caisse noire
L’entrevue des Deux Princes
Une basse manoeuvre
Le plan de Janicot
Nouvelle offensive à Frohsdorf
Mission Sugny et du Vigneux
Mission Gambier
L’entretien de Salzbourg
L’entretien
Satisfaction de Chesnelong
Le mauvais coup des ducs et le faux Savary
Autour du septennat
La présence du prince
Le calice
Le vote
L’adieu
Le 16 mai 1877 et la démission de Mac-Mahon
Les derniers outrages
L’intervention du Comte de Chambord
Les Lois constitutionnelles
L’amendement Wallon
Le chef d’Etat ficelé
Vers la dissolution
La dissolution
Le maréchal persiste et succombe
Le nouveau régime et le départ de Mac-Mahon
Epilogue
Lettre sur les ouvriers
Conclusion

Pierre Xardel

Issu d’une ancienne famille lorraine, Pierre Xardel (Nancy, 3 juillet 1887 – Nancy, 16 décembre 1960) est avocat à la cour de Paris où il rencontre Pierre Bécat dont il devient un ami très proche. Il épouse Isabelle Sandy (pseudonyme d’Isabelle Fourcade : Cos, Ariège, 15 juin 1884 – 8 mai 1975), écrivaine et journaliste, auteur de romans méridionaux, qui l’amène à beaucoup résider en Ariège. Cependant, Pierre Xardel reste attaché à la Lorraine et à l’héritage de Maurice Barrès.
Le grand mérite de Pierre Xardel fut de fonder et de présider dans les années 1930 le Cercle de Sèze à Paris, du nom de l’avocat de Louis XVI, cercle rassemblant des avocats proches du royalisme mais appartenant à des horizons dépassant largement l’Action française. Pierre Bécat en fut l’un des premiers membres.
D’après André Bécat

Jacques Renouvin

Dès son inscription au barreau de Paris, Me Renouvin (Paris, 8 octobre 1905 – Mathausen, 24 janvier 1944) est devenu un collaborateur de mon père. Il  assurait seul la gestion du cabinet, lorsque nous allions dans le Midi, mes parents s’occupant des diverses propriétés familiales. Il faisait partie d’un petit groupe d’amis comprenant, outre mes parents, le futur Général de Benouville (« Benou » pour ses amis), Me Pierre Xardel, qui était président du Cercle de Sèze, Joseph Thérol, auteur d’une collection sur les missionnaires Maristes (Martyrs des Neiges, des Sables, des archipels), le capitaine de frégate François Jaubert, cousin germain de ma mère et mon parrain. Bien que très jeune, j’ai eu l’occasion de le voir souvent, puisqu’il travaillait tous les jours à la maison. Très grand (presque deux mètres), charmant, plein de vie, spirituel, il me faisait virevolter dans ses grands bras, m’expliquant que c’était un exercice efficace pour affronter les manèges les plus spectaculaires de la bien nommée « Foire du Trône » voisine. Il a joué un grand rôle dans la réussite du Cercle de Sèze qui réunissait grâce à Me Pierre Xardel des personnalités débordant largement l’influence de l’Action française.
 
 
 
En 1938, coup d’éclat, à l’arc de Triomphe, il soufflette Pierre-Etienne Flandin, président du Conseil, parce qu’il venait d’envoyer un télégramme d’encouragement à Hitler ! Mais cette insulte s’est déroulée avec une infinie distinction, car il a lancé sur les joues de l’intéressé le gant de « beurre frais » qui armait sa main droite. Du coup, il faisait ses « visites de château » chez les maîtresses de maison qui se bousculaient pour le recevoir, avec une boîte de chocolats… et un seul gant ! Le lendemain, mon grand-père maternel, Joseph Rotgé, se déplaçait à grand fracas à la poste de Prades pour lui envoyer un vibrant télégramme de félicitations ! Il avait tout d’un capitaine Fracasse.
 
Ses activités de Résistant nous ont beaucoup inquiété, car son physique était le contraire de ce qu’il fallait pour effectuer des actions clandestines. Sa très haute taille et une voix de Stentor le rendaient repérable très facilement, et il a échappé, souvent d’extrême justesse, à de nombreuses tentatives d’arrestation organisées par la Gestapo.
 
Aussi, vu le danger croissant, mes parents l’ont supplié de se rendre dans un grand mas que possédait ma famille à Thuès, d’où il était facile de gagner la frontière espagnole par des sentiers, certes escarpés, mais très peu fréquentés. Bien que n’ayant que sept à huit ans, je connaissais bien tous les chemins, car j’y allais avec Pierre, le berger du mas. Il était donc prévu que j’escorterais le « sergent » (on l’appelait ainsi) pendant tout le début du chemin, ensuite, des relais avaient été prévus jusqu’en Catalogne Sud. Malheureusement, emporté par l’action, il n’est finalement pas venu à Thuès, et s’est fait arrêter en zone de Brive. Sa fin terrible nous a beaucoup affecté. D’un autre côté positif, il a connu sa femme en prison, s’est marié et à donné naissance à Bertrand Renouvin qui bien plus tard est venu voir mes parents.
 
Pour plus de détails, voir les différents sites sur Jacques Renouvin, et le blog, très émouvant, de son fils Bertrand Renouvin.

D’après André Bécat.

Mad Labergère

Artiste peintre.
Dès sa prime jeunesse, Mad Labergère manifeste des dons artistiques. Elle a suivi assidument les cours de l’Académie Jullian. Son caractère vif et enjoué se reflète dans toutes ses oeuvres. Mariée à un brillant polytechnicien et mère de deux enfants, ses obligations familiales ne l’empêchent pas de développer une intense activité créatrice, en employant des techniques variées : dessin, gouache, sanguine, aquarelle et peinture à l’huile. Elle réalise les couvertures de plusieurs livres de Pierre Bécat : Le champ du moulin, Le crime du curé de Nohèdes, Gerbes sur l’étang de Thau, ainsi que des peintures des lieux de vie des époux Bécat : Thuès, Prades, etc.

Couvertures de livres de Pierre Bécat réalisées par Mad Labergère

 

Le village de Gigean par Mad Labergère

 

La maison de Bordes à Prades par Mad Labergère

 

La maison Bécat à Prades par Mad Labergère

 

Deux vues de l’égise de Thuès à la sanguine par Mad Labergère

 

Portrait du capitaine de frégate François Jaubert jeune par Mad Labergère

Marcel Azaïs

La personnalité qui a le plus influencé et formé Pierre Bécat dans sa jeunesse est certainement Marcel Azaïs (7 mai 1888-12 septembre 1924), né d’une famille de propriétaires vignerons aisés, établis dans le pittoresque village de Pignan, près de Montpellier. Mobilisé le 2 août 1914, il avait combattu devant Verdun, en Artois, dans la Somme, en Champagne. Parti avec le grade de brigadier, il était lieutenant à la fin des hostilités. Il avait reçu la croix de Guerre et la Médaille de la bravoure Serbe. Il était devenu le beau-frère de Pierre Bécat, en épousant sa soeur Juliette. Collaborateur de diverses publications, critique musical à l’Action française, ses chroniques étaient une source inépuisable de richesses. Ses études rapides, tracées d’une plume alerte et pénétrante, ses critiques indépendantes, ses dons variés de penseur, poète, musicien, et d’orateur, lui permettaient d’aborder toutes sortes de sujets avec une aisance merveilleuse. 

Exemplaire des Essais critiques dirigés par Marcel Azaïs


C’était un royaliste et régionaliste ardent. Il était l’unique rédacteur d’une petite revue indépendante : Les essais critiques, où il abordait seul la politique française et étrangère, les livres, le théâtre et les concerts. Dans sa province, il faisait un bien inappréciable, sa belle voix chantante a été entendue un peu partout en Languedoc. Il est mort électrocuté, en essayant de faire fonctionner une pompe électrique dans sa cave après une journée de vendanges, dans sa 36e année.

D’après André Bécat.

Lieux de vie

Les différents lieux de vie de Pierre Bécat ont une importance fondamentale dans sa poésie, mais aussi dans son engagement politique. Présent à Paris comme avocat à la cour d’appel en pleine apogée de l’Action française, présent à la journée du 6 février 1934, Pierre Bécat résida ensuite beaucoup en Roussillon dont il appréciait la nature et l’histoire, sans négliger l’Hérault où se trouvaient ses propres racines. Nous vous proposons de faire un rapide parcours iconographique à travers ces lieux emblématiques.

Gigean

D’après André Bécat

La propriété de Gigean (34), était le domaine familial des Bécat. Evocation d’une journée de vacances à la propriété.
De mon côté, mes parents étant partis dans la maison de Prades, j’avais la jouissance de la propriété de Gigean qui comprenait une maison de propriétaire viticulteur de 17 pièces, avec magasin, cave, grande cour, écuries, hangar et grand jardin, le tout formant un enclos d’un hectare, proche de l’étang de Thau et des villes de Sète et de Montpellier. C’était l’occasion rêvée pour inviter mes amis parisiens. L’ambiance était décontractée. Il m’était facile de partir à Sète le matin à la fraîche (sans jeu de mot!) et, après un bain de mer, rapport des sardines fraîchement péchées que l’on faisait griller aux sarments de vigne dans la cour. L’après-midi on s’occupait un peu du cheval de trait, un superbe percheron de 800 kh, surnommé « Papillon », qui avait toutes les qualités, superbe, courageux, adorable. L’après-midi, repos dans le jardin et, vers 20h, départ pour les plages de Frontignan, où l’on profitait des baignades solitaires car les foules d’estivants repartaient pour le rituel dîner du soir vers 20h. Pour nous, c’était le retour vers 23 h et Medianoche !
 

Paris

L’appartement du boulevard de Charonne fut la résidence principale de Pierre Bécat, alors qu’il était avocat au barreau de Paris.
Cet appartement, dont la famille Bécat s’est séparé depuis, était situé au deuxième étage de cet immeuble haussmanien du XXe arrondissement.

Prades

La demeure familiale de l’épouse de Pierre Bécat fut l’une de ses résidences secondaires pendant de nombreuses années, puis la villégiature de prédilection après la vente des propriétés héraultaises. Ce fut également sa dernière demeure.
Il s’agit de l’une des belles demeures bourgeoises construites au milieu du XIXe siècle à Prades, ville alors prospère et florissante. Commencée par Sigismond de Roquemaurel, percepteur des Impôts, dont le beau-père Thomas Pujol avait été maire de Prades, elle est ensuite vendue à la famille Galaud (Joseph Galaud, un avoué, avait lui aussi été maire de Prades de 1850 à 1853), qui l’améliore considérablement, passe ensuite dans la famille Bonet, puis dans la famille Rotgé, avant que Gabrielle Rotgé devienne Mme Pierre Bécat. Elle n’est plus la propriété des Bécat depuis 2007.

Thuès

Pierre Bécat se plut beaucoup dans ce domaine montagnard, situé en haut Conflent, qui faisait partie des propriétés héritées par son épouse de la famille de Bordes.
La famille de Bordes fut anoblie en 1721 sous Louis XV. L’ancêtre, viguier de Conflent et de Capcir, avait rendu de grands services à la monarchie à la fin du règne de Louis XIV en acheminant les vivres et le matériel nécessaire aux armées stationnées dans les forts de Villefranche-de-Conflent et Mont-Louis. Cette famille ne cessa de se soucier de l’administration de son domaine de Thuès, situé à 21 km de Prades. Jusqu’à son extinction, en 1943 en la personne de Gabrielle de Bordes, sans alliance, il fut administré de haute main. Gabrielle Rotgé, épouse de Pierre Bécat, était l’une des héritières de la famille de Bordes ; M. et Mme Bécat séjournèrent donc à de nombreuses reprises dans la propriété, avant même le décès de Gabrielle de Bordes, comme en témoigne la photographie de famille.
De gauche à droite : Pierre Bécat, André Bécat jeune, une employée, Gabrielle de Bordes, Gabrielle Rotgé-Bécat

 

Etat actuel de la propriété

Documents inédits

Plusieurs documents inédits apportent d’intéressants témoignages sur la carrière, la vie personnelle et militante de Pierre Bécat. Au milieu de ses archives, nous avons retrouvé sa carte de l’Ordre des Avocat à la Cour d’Appel de Paris, sa carte de membre de la Ligue d’Action française et son fascicule de mobilisation. Nous rappelons que Pierre Bécat fut grand blessé de guerre.

Carte d’avocat (Ordre des Avocats à la Cour d’Appel de Paris)

 

Carte de membre de la Ligue d’Action française

 

Fascicule de mobilisation

Généalogie

Pierre Bécat était avocat et écrivain, mais, au coeur de ses combats politiques et de ses inspirations littéraires, se trouvent les lieux où vécurent ses ancêtres et les demeures qu’ils lui léguèrent. C’est tout d’abord le Languedoc, terre d’origine des Bécat, puis le Roussillon. Les actuels départements de l’Hérault, d’un côté, et des Pyrénées-Orientales, de l’autre. Mais, en remontant, on s’aventure aussi en Irlande…

Familles Bécat (Pignan), Maissonnier (Gigean)

 

La famille Bécat est fixée à Saint-Paul-Valmalle (34), au XVIIe siècle. En 1677, par un mariage, elle se fixe à Pignan. C’est l’union d’Antoine Bécat et de Jeanne Dufour. Dans les degrés suivants, les Bécat sont tous cultivateurs et propriétaires (travailleur [de terre]). Ils s’allient à chaque génération dans une famille du même monde : Arbousset, Pinède, Mestre, puis Deleuze.
C’est Pierre Bécat, second du nom, né en 1813, qui épouse en 1838 Joséphine Elisabeth Deleuze. Celle-ci, fille d’un riche propriétaire terrien, est la petite-fille de Jean André Deleuze, originaire de Murviel-lès-Montpellier, et de Catherine Agnès Delanglade. Cette famille Delanglande est une influente lignée de notaires royaux de Pignan, qui ont donné un viguier à la ville en la personne de Louis Delanglade. Au XIXe siècle, un cousin, Jean-Baptiste Delanglade s’établit comme notaire à Marseille. Ses descendants s’allieront avec les plus grandes familles de Marseille (Bergasse, Cyprien-Fabre), et notamment avec Henry Bergasse, député des Bouches-du-Rhône et ministre des Anciens Combattants.
Mais revenons à la famille Bécat : en ligne directe, le fils du second Pierre Bécat s’appelle à nouveau Pierre (Numa Victor). Il épouse en 1862 Anastasie Bousquet, fille d’un propriétaire foncier. Leur fils, Louis Bécat (1870-1949), propriétaire cultivateur, dont vous voyez l’acte de naissance ci-dessous, quitte Pignan pour Gigean à son mariage avec Marie-Thérèse Maissonnier.
La famille Maissonnier est également une famille de cultivateurs aisés, est connue à Gigean dès le XVIIe siècle. Les parents de Marie-Thérèse sont propriétaires. C’est par ligne collétarale que se fait l’alliance avec la famille Fieschi, originaire du village de Renno en Haute-Corse et descendant de la famille Ramolino, dont était la mère de Napoléon Bonaparte. Les descendants actuels des Fieschi sont les Fieschi-Vivet.

Famille Rotgé (Roussillon)

Les Rotgé, installés depuis longtemps en Roussillon et pour ainsi dire enracinés dans le terroir, auraient une origine plus exotique. Le premier Rotgé à avoir foulé le sol français aurait été Jacques Rotgé (ou James Rotger), un irlandais. Historiquement, on date l’arrivée des partisans de Jacques II, catholiques, après la défaite de Limerick contre Guillaume d’Orange, en 1697. Les Rotgé feraient partie de ces jacobites comme les Dillon ou les O’Mahony, peut-être mercenaires (« oies sauvages »)…
La légende continue : ce Rotgé aurait habité à Paris tout d’abord, rue des Mauvais Garçons (actuellement IVe arrondissement), avant de se fixer à Sournia, où sa descendance existe en effet à la charnière du XVIIe et du XVIIIe siècle. Le portrait reproduit ici serait le sien…
Nous ne pouvons pas actuellement vérifier l’exactitude de ces données, faute de documents. Le premier acte qui atteste de la présence des Rotgé en Roussillon date du 15 décembre 1738. C’est l’acte de mariage de Jacques Rotgé, fils de Jacques et Catherine Rotgé, avec Marie Alis, à Saint-André (act. Pyrénées-Orientales). François Rotgé, leur fils, épouse Thérèse Barescut, issue d’une famille noble bien connue d’Ille-sur-Têt. Le père avait assisté en 1789 à l’Assemblée de la Noblesse de Roussillon, le premier ancêtre avait été anobli en 1706 par Lettres patentes de Louis XIV le faisant « burgès honrat de Perpignan ».
Les Rotgé se fixent à Sournia par le mariage de Jacques Rotgé, fils des précédents, et de Catherine Roger, le 8 juin 1825. Jacques est garde forestier général à Sournia. Avec son épouse, il est propriétaire du domaine de Palmes, dans la campagne de Sournia, et de nombreuses terres dans les parages, notamment à Campoussy. Le château de Sournia a été acquis à la fin du XVIIIe siècle à la famille de Castéras par les Roger.
Gabriel Rotgé (1826-1904), fils du couple Rotgé-Roger, juge de paix du canton de Sournia, épouse Caroline Saleta, descendant d’une part des Saleta, famille de grands notables perpignanais (avocats) et des Meric (influents banquiers fixés doublement à Perpignan et à Barcelone). Ils ont Hélène Rotgé, mariée à Paul Bauby (ce sont les parents des frères Bauby, Charles et Firmin, qui ont joué un rôle important dans la vie artistique et culturelle des Pyrénées-Orientales au milieu du XXe siècle) ; et Joseph Rotgé.
Par les Roger, se fait la parenté avec les Bordes, les soeurs et le dernier représentant de la lignée, Philibert de Bordes (1845-1930). Les Bordes possédaient une propriété à Thuès dont hérita également madame Bécat. Sur cette ancienne famille de la noblesse du Roussillon (anoblie par Lettres patentes de Louis XV en 1721), un livre illustré est en cours de préparation. Le dernier membre de cette famille fut Philibert de Bordes, mort en 1943 (illustration ci-contre).
Joseph Rotgé (1874-1935) se marie à Elisabeth Bonet qui lui apporte une vaste maison à Prades. Construite par les Roquemaurel, puis achetée par les Galaud, qui étaient chirurgiens, elle était passée à la famille Bonet. Mais rien ne vaut, sur cette dernière famille, la lecture de l’excellent article du professeur Georges Bonet, Les Bonet de Banyuls-dels-Aspres, en Roussillon, paru dans diverses revues érudites. Il s’agit d’une enquête très détaillée et documentée sur la noblesse des Bonet.
Le couple Bécat fréquenta donc à de nombreuses reprises les propriétés héritées des Rotgé, Roger, Bordes, Bonet, à Sournia, Campoussy, Thuès, Prades. Dans la maison de Prades s’éteignit Pierre Bécat en 1993, puis son épouse en 1999, dernière représentante de la famille Rotgé.