{"id":7,"date":"2017-04-05T23:31:00","date_gmt":"2017-04-05T21:31:00","guid":{"rendered":""},"modified":"2018-07-30T20:16:59","modified_gmt":"2018-07-30T18:16:59","slug":"regards-sur-la-decadence","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/pierrebecat.fr\/index.php\/2017\/04\/05\/regards-sur-la-decadence\/","title":{"rendered":"Regards sur la d\u00e9cadence"},"content":{"rendered":"<div style=\"text-align: justify;\"><b>Nous vous invitons \u00e0 consulter le fascicule \u00ab\u00a0Pierre B\u00e9cat, un regard sur l&rsquo;histoire\u00a0\u00bb (textes extraits de Regards sur la d\u00e9cadence) diffus\u00e9 par le Groupe d&rsquo;Action Royaliste, et disponible en format PDF \u00e0 l&rsquo;adresse suivante : http:\/\/www.calameo.com\/books\/00086931338f23ddb9d8b<\/b><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><b>Nous publions \u00e9galement un autre extrait de cet ouvrage, transmis et introduit par M. Fr\u00e9d\u00e9ric Winckler du Groupe d&rsquo;Action Royaliste, et publi\u00e9 sur le site http:\/\/www.actionroyaliste.com\/.<\/b><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><\/div>\n<div style=\"clear: both; text-align: center;\"><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><i>J&rsquo;ai pass\u00e9 de nombreux apr\u00e8s-midi avec Pierre Becat, durant lesquels nous parlions des heures interminables sur ses souvenirs d&rsquo;Action Fran\u00e7aise. De Pierre de B\u00e9nouville (r\u00e9sistant) et Jacques Renouvin (r\u00e9sistant, mort en d\u00e9portation), anciens Camelots du Roi, qu&rsquo;il avait bien connu, du Comte de Paris et tant d&rsquo;autres souvenirs. Les lecteurs de Proudhon, les esprits libres y trouveront mati\u00e8re \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir. Bref ceux qui tournent le dos au pr\u00eat \u00e0 penser, qu&rsquo;ils soient de sensibilit\u00e9 de gauche comme de droite, pourvu qu&rsquo;ils aient encore dans les veines un sang \u00ab\u00a0rebelle\u00a0\u00bb face au monde uniforme qui approche. C&rsquo;est en pensant \u00e0 lui, que je publie ici quelques lignes ou nous retrouvons toute son analyse parfaite des \u00e9v\u00e8nements qui de la R\u00e9volution \u00e0 aujourd&rsquo;hui, illustrent la d\u00e9cadence Fran\u00e7aise&#8230;\u00a0<\/i><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><i>La mort du ma\u00eetre de l&rsquo;Empirisme Organisateur, m\u00e9thode d&rsquo;analyse historique, qui servira au gouvernement, d&rsquo;occasion pour dissoudre les Ligues.<\/i><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><i>Cet empirisme qui annon\u00e7ait la guerre arrivant, faisant suite aux clauses du mauvais trait\u00e9 de Versailles, \u00ab\u00a0plus dure dans ce qu&rsquo;il devait \u00eatre tol\u00e9rant et plus tendre dans ce qu&rsquo;il devait \u00eatre intransigeant&#8230;.\u00a0\u00bb.<\/i><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><i>Comment l&rsquo;absence de strat\u00e9gie et le manque de diplomatie, pr\u00e9cipit\u00e8rent l&rsquo;Italie dans les bras d&rsquo;Hitler, au nom de belles id\u00e9es utopiques, annonciatrices de charniers&#8230;<\/i><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">Fr\u00e9d\u00e9ric Winkler<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><\/div>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">Les obs\u00e8ques de Jacques Bainville<\/h2>\n<div style=\"text-align: justify;\">Les obs\u00e8ques de Jacques Bainville, \u00e9crivain, historien, journaliste, de l&rsquo;Acad\u00e9mie Fran\u00e7aise, ont eu lieu le 13 f\u00e9vrier 1936. Le corps du d\u00e9funt avait \u00e9t\u00e9 expos\u00e9 dans la cour de l&rsquo;immeuble o\u00f9 il habitait, rue de Bellechasse. A midi, dans ce local trop \u00e9troit pour contenir tous ceux qui s&rsquo;y pressaient, deux discours furent prononc\u00e9s : l&rsquo;un par L\u00e9on Daudet, au nom des amis du d\u00e9funt, l&rsquo;autre par Me Henri Robert, directeur de l&rsquo;Acad\u00e9mie Fran\u00e7aise, parlant \u00e0 titre personnel et en tant que repr\u00e9sentant de l&rsquo;illustre compagnie.<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\u00abLa mort de Jacques Bainville, commen\u00e7a Henri Robert, est pour tous ceux qui l&rsquo;ont connu, aim\u00e9 et admir\u00e9, un sujet de profonde tristesse. Certes, nous le savions malade, atteint aux sources m\u00eames de la vie, mais nous voulions esp\u00e9rer quand m\u00eame. II nous donnait l&rsquo;exemple, en luttant avec un indomptable courage, un magnifique sto\u00efcisme contre le mal qui le torturait. II avait aupr\u00e8s de lui, pour l&rsquo;aider dans ce dur combat, sa femme dont les soins attentifs et l&rsquo;inlassable d\u00e9vouement r\u00e9ussirent par une sublime conspiration, \u00e0 l&rsquo;arracher plusieurs fois \u00e0 son cruel destin.\u00bb<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\u00abSa femme et son fils, ses confr\u00e8res et ses amis ne sont pas les seuls \u00e0 ressentir profond\u00e9ment la perte douloureuse qu&rsquo;ils viennent de subir. Les Lettres fran\u00e7aises sont aussi en deuil. Maurice Donnay, en le recevant \u00e0 l&rsquo;Acad\u00e9mie, a fait de notre confr\u00e8re un magistral et d\u00e9finitif \u00e9loge.\u00bb\u00abDans les tristes circonstances pr\u00e9sentes, je ne puis qu&rsquo;\u00e9voquer son oeuvre. Jacques Bainville a \u00e9crit des livres qui ont con sacr\u00e9 sa grande r\u00e9putation, et il est toujours rest\u00e9 fid\u00e8le au journalisme dans lequel il avait fait ses d\u00e9buts, alors qu&rsquo;il sortait \u00e0 peine du lyc\u00e9e, en \u00e9crivant \u00e0 Francisque Sarcey une lettre que celui-ci ins\u00e9ra dans Le Temps. Voir pour la premi\u00e8re fois son nom imprim\u00e9 dans les colonnes d&rsquo;un grand journal, quelle joie et quel orgueil pour un coll\u00e9gien. Ce simple fait d\u00e9cida peut-\u00eatre de sa vocation&#8230; \u00bb<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><\/div>\n<div style=\"clear: both; text-align: center;\"><a style=\"margin-left: 1em; margin-right: 1em;\" href=\"http:\/\/pierrebecat.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/Bainville.jpg\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/pierrebecat.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/Bainville.jpg\" border=\"0\" \/><\/a><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s ce discours qu&rsquo;il serait trop long de reproduire en entier, L\u00e9on Daudet poursuivit :<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\u00abC&rsquo;est comme vis-\u00e0-vis quotidien de Jacques Bainville, \u00e0 notre table commune de travail de l&rsquo;Action Fran\u00e7aise depuis vingt-huit ans, que je viens apporter \u00e0 l&rsquo;admirable veuve et au fils de notre cher ami, le supr\u00eame t\u00e9moignage de notre douleur et aussi de notre fiert\u00e9. Fiert\u00e9 que peuvent partager tous les collaborateurs de ce grand \u00e9crivain qui fut aussi un grand patriote.\u00bb \u00abEadem velle eadem nolle ea est vera amicitia. Vouloir les m\u00eames choses, ne pas vouloir les m\u00eames choses, voici la v\u00e9ritable amiti\u00e9. La fid\u00e9lit\u00e9 amicale de Bainville \u00e9tait connexe \u00e0 la fid\u00e9lit\u00e9 de ses convictions politiques. II disait de Charles Maurras qu&rsquo;il lui devait tout sauf le jour. Cette formule pourrait \u00eatre celle de la plupart d&rsquo;entre nous. Tant de peines profondes et aussi de joies et de certitudes en commun ont cr\u00e9\u00e9 entre nous, les maurrassiens, une solidarit\u00e9 que la mort m\u00eame ne saurait an\u00e9antir. \u00bb \u00abS&rsquo;il est vrai que l&rsquo;amour est plus fort que la mort, cela n&rsquo;est pas moins vrai de l&rsquo;amiti\u00e9 et au-del\u00e0 des tombeaux quand il s&rsquo;agit d&rsquo;\u00e9crivains et d&rsquo;hommes d&rsquo;action, celle-ci se continue par leurs oeuvres, par leurs actes, par leurs intentions fraternelles.\u00bb \u00abAmis, nous le f\u00fbmes dans la patrie, dans la France, notre m\u00e8re, dont les dangers, les risques nous apparurent ensemble. Historien n\u00e9, objectif et clairvoyant, pressentant les effets dans les causes comme un Thucydite et un Fustel de Coulanges, Bainville \u00e9tait atteint de cette transe des \u00e9poques troubles : l&rsquo;angoisse pour le pays. II n&rsquo;\u00e9tait pas de jour qu&rsquo;il ne m&rsquo;en parl\u00e2t ou n&rsquo;y f\u00eet allusion. Po\u00e8te par surcro\u00eet et de l&rsquo;esprit le plus vif, le plus spontan\u00e9, il voyait, navigateur des \u00e2ges \u00e9coul\u00e9s, monter \u00e0 l&rsquo;horizon les points noirs, annonciateurs de la temp\u00eate.\u00bb \u00abUn article de lui dans la revue d&rsquo;Action Fran\u00e7aise du 14 juillet 1914, intitul\u00e9 Le R\u00eave serbe, annonce avec pr\u00e9cision et clart\u00e9 le m\u00e9canisme de la guerre europ\u00e9enne qui vient.\u00bb&#8230; \u00abSa plume ne tomba de ses mains qu&rsquo;\u00e0 la derni\u00e8re minute. Jusqu&rsquo;\u00e0 ses derniers moments il s&rsquo;entretint avec nous des sujets les plus divers, de ceux surtout qui lui tenaient au coeur. Cela nous permettait \u00e0 nous, les collaborateurs de chaque jour, de lui cacher notre inqui\u00e9tude.\u00bb \u00abLa veille de sa mort, il s&rsquo;occupait avec Maurras de La Bruy\u00e8re et il nous parlait de ses projets. Une seule plainte : quand pourrai-je reprendre avec vous nos petits d\u00eeners d&rsquo;amis.\u00bb \u00abCher Bainville, tendre, d\u00e9licat, grandiose ami, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;heure d&rsquo;aller vous rejoindre, quand nous aurions d\u00fb vous pr\u00e9c\u00e9der nous ne cesserons de penser \u00e0 vous, de vous pleurer, de prier pour vous. \u00bb<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">Depuis lors, les \u00e9v\u00e9nements n&rsquo;ont fait que confirmer ce que nous savions d\u00e9j\u00e0. Jacques Bainville \u00e9tait un esprit proph\u00e9tique. C&rsquo;est dans l&rsquo;\u00e9tude du pass\u00e9, dans les profondeurs de l&rsquo;Histoire qu&rsquo;il lisait l&rsquo;avenir. Entre autres pr\u00e9visions, il avait annonc\u00e9, sept ans \u00e0 l&rsquo;avance, l&rsquo;av\u00e8nement d&rsquo;Hindenbourg \u00e0 la pr\u00e9sidence de la r\u00e9publique allemande. Peut-\u00eatre alors, disait-il, mesurera-t-on l&rsquo;aberration de notre politique. L&rsquo;aveuglement de nos politiciens n&rsquo;en persista pas moins. Et Hindenbourg eut toute latitude pour pr\u00e9parer la revanche en laissant la place \u00e0 Hitler. La France \u00e9tait alors dans une de ces p\u00e9riodes tragiques, qui n&rsquo;\u00e9tait pas la premi\u00e8re depuis la R\u00e9volution et ne devait pas \u00eatre la derni\u00e8re, o\u00f9 chacun sent la catastrophe imminente, mais rares sont ceux qui osent l&rsquo;annoncer. Cette sorte de l\u00e9thargie permet aux gouvernements r\u00e9publicains de lancer le pays dans une guerre de diversion. Apr\u00e8s quoi, il est interdit de douter de la victoire, faute d&rsquo;\u00eatre d\u00e9faitiste. Et quand la d\u00e9faite survient, laissant la France humili\u00e9e et meurtrie, les responsables s&rsquo;en tirent en passant le fardeau aux innocents dont ils feront ensuite leurs accus\u00e9s et leurs victimes.<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 Maurras \u00e9crivait : L&rsquo;amour de l&rsquo;Allemagne est une des maladies de la gauche fran\u00e7aise. Pourquoi ? Par ce que l&rsquo;entreprise politique \u00e0 laquelle la gauche, bon gr\u00e9, mal gr\u00e9, consciemment ou non, se trouve associ\u00e9e, est une entreprise d&rsquo;anarchie et de barbarie dont les frais doivent \u00eatre pay\u00e9s par tous les Fran\u00e7ais. La haine du pass\u00e9 fran\u00e7ais voue la gauche \u00e0 cette fonction. La gauche s&rsquo;\u00e9tait lanc\u00e9e dans une campagne acharn\u00e9e contre Mussolini, notre alli\u00e9 le plus naturel, qui avait jusqu&rsquo;alors emp\u00each\u00e9 l&rsquo;Anschluss en mobilisant sur le Brenner. Quant \u00e0 l&rsquo;Hitl\u00e9risme, elle ne s&rsquo;en pr\u00e9occupait point. Elle \u00e9tait m\u00eame persuad\u00e9e qu&rsquo;en abandonnant la Sarre au Reich et en laissant les Allemands r\u00e9occuper la rive gauche du Rhin on aboutirait \u00e0 une paix certaine. \u00abLes chefs socialo-d\u00e9mocrates et communistes ont ruin\u00e9 la propagande nazie\u00bb, \u00e9crivait L\u00e9on Blum dans le Populaire du 12 janvier 1934. En fait, le pl\u00e9biscite apportait \u00e0 Hitler 90 % des votants. Confirmation aveuglante des r\u00e9sultats pr\u00e9c\u00e9dents qui n&rsquo;avaient en rien modifi\u00e9 l&rsquo;attitude des m\u00eames politiciens. C&rsquo;est ainsi que dans le Populaire du 18 janvier 1932, on avait pu lire ces lignes, sous la m\u00eame signature :\u00abII est infiniment peu probable qu&rsquo;une fois install\u00e9 au gouvernement Hitler se livre \u00e0 des provocations directes soit vis-\u00e0-vis de la France, soit m\u00eame vis \u00e0-vis des puissances de l&rsquo;Est. R\u00e9volutionnaire, il s&rsquo;incline aujourd&rsquo;hui devant la l\u00e9galit\u00e9 allemande; il s&rsquo;inclinera demain devant la l\u00e9galit\u00e9 internationale.\u00bb<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">Or, en 1933 Hitler quittait la Soci\u00e9t\u00e9 des Nations.<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">En mars 1935, il d\u00e9chirait le Trait\u00e9 de Versailles et annon\u00e7ait le r\u00e9armement de l&rsquo;Allemagne.<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">En mars 1936, d\u00e9non\u00e7ant le pacte de Locarno, il r\u00e9occupait en force la rive gauche du Rhin.<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">Seul, le d\u00e9put\u00e9 socialiste M. Grumbach, dans le Republikaner de Mulhouse, sans doute parce qu&rsquo;Alsacien, se rallia aux d\u00e9monstrations de Bainville. II s&rsquo;\u00e9tait rendu compte que la victoire \u00e9lectorale des racistes de Hitler en Saxe avait co\u00efncid\u00e9 avec notre \u00e9vacuation de la Rh\u00e9nanie. En juin 1936, c&rsquo;est l&rsquo;av\u00e8nement du Front Populaire. Hitler, compl\u00e8tement rassur\u00e9, se pose en d\u00e9fenseur de l&rsquo;Italie \u00e0 qui le gouvernement de la France applique rigoureusement \u00ables sanctions\u00bb, au sujet de l&rsquo;Ethiopie. Seul, jusqu&rsquo;alors, Mussolini s&rsquo;\u00e9tait oppos\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Anschluss, en mobilisant sur le Brenner en 1934. D\u00e9sormais, il restera neutre. Hitler, n&rsquo;ayant rien \u00e0 redouter de la part de la France, d\u00e9cidera la r\u00e9union de tous les pays de langue allemande et occupera l&rsquo;Autriche le 13 mars 1938.<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s avoir r\u00e9ussi son coup de force en Tch\u00e9coslovaquie, occup\u00e9 M\u00e9mel, post\u00e9rieurement aux accords de Munich, renforc\u00e9 son alliance avec l&rsquo;Italie et sign\u00e9 le pacte de neutralit\u00e9 germano-sovi\u00e9tique. Hitler se voit d\u00e9clarer la guerre par le Front Populaire, au moment m\u00eame, comme l&rsquo;a dit Maurras, o\u00f9 il n&rsquo;attendait que cela. Devant cette veulerie de l&rsquo;Etat d\u00e9mocratique fran\u00e7ais, Bainville avait \u00e9crit avant sa mort :\u00a0\u00bbIl ne sert \u00e0 rien d&rsquo;avoir raison.\u00bb Livrant au jour le jour le fruit de ses m\u00e9ditations, Jacques Bainville parlait peu, sauf avec quelques intimes : L\u00e9on Daudet, Maurras, L\u00e9on B\u00e9rard et certains autres qui ne concluaient pas comme lui \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de la monarchie, tel Raymond Poincar\u00e9 qui \u00e9tait un de ses lecteurs assidus et un de ses admirateurs. Je n&rsquo;ai pas oubli\u00e9 pour ma part une conversation prolong\u00e9e que j&rsquo;ai eu la chance d&rsquo;avoir avec lui, apr\u00e8s la parution de ses deux ouvrages que j&rsquo;aime le moins : son Histoire de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique et son Napol\u00e9on. C&rsquo;\u00e9tait dans son bureau de l&rsquo;Action Fran\u00e7aise o\u00f9 il m&rsquo;attendait seul pour m&rsquo;entretenir d&rsquo;une question juridique. L&rsquo;essentiel \u00e9tant dit, il me parla de Sainte-Beuve qui me parut \u00eatre son auteur pr\u00e9f\u00e9r\u00e9. Ce grand observateur, dit-il, qui savait que l&rsquo;homme \u00e0 toutes les \u00e9poques et dans tous les si\u00e8cles se ressemble, qu&rsquo;il a les m\u00eames passions, qu&rsquo;il raisonne et se comporte de la m\u00eame mani\u00e8re dans les m\u00eames cas. A son \u00e9cole, on ne croit pas que l&rsquo;humanit\u00e9 date d&rsquo;hier, qu&rsquo;elle est diff\u00e9rente aujourd&rsquo;hui de ce qu&rsquo;elle \u00e9tait autrefois, que les r\u00e9volutions, les chemins de fer, le t\u00e9l\u00e9phone l&rsquo;ont transform\u00e9e. L&rsquo;homme vit entre les convulsions de l&rsquo;inqui\u00e9tude et la l\u00e9thargie de l&rsquo;ennui. C&rsquo;est \u00e0 peu pr\u00e8s le rythme de l&rsquo;Histoire qui rend compte des \u00e9volutions et des guerres. L&rsquo;homme ne change pas et il a besoin de gouvernements qui l&rsquo;aident et le prot\u00e8gent. Ainsi que Napol\u00e9on, il consid\u00e9rait les institutions de l&rsquo;Ancienne France comme les meilleures qui aient exist\u00e9 et qu&rsquo;il suffisait, \u00e0 chaque g\u00e9n\u00e9ration, de moderniser.<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">Encore jeune, Bainville n&rsquo;avait pas atteint son apog\u00e9e. Mais sa notori\u00e9t\u00e9 et son influence \u00e9taient telles qu&rsquo;autour de son cercueil, au premier rang de l&rsquo;assistance se pressaient les plus hautes personnalit\u00e9s de la politique et des lettres&#8230; Dans le cort\u00e8ge, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de deux chars remplis de fleurs et de couronnes, dont celles du duc et de la duchesse de Guise, on distinguait les tr\u00e8s nombreuses d\u00e9l\u00e9gations des journaux, avec entre autres Lucien Romier, Henri Massis, Louis d&rsquo;Harcourt. Charles Maurras et la reine Am\u00e9lie du Portugal suivaient aussit\u00f4t apr\u00e8s la famille.<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">Tandis que cet imposant cort\u00e8ge s&rsquo;engageait sur le Boulevard Saint-Germain, toutes sortes de d\u00e9l\u00e9gations mass\u00e9es sur les c\u00f4t\u00e9s du boulevard et faisant la haie, se joignaient aussit\u00f4t \u00e0 lui. De la rue de Bellechasse \u00e0 la rue de l&rsquo;Universit\u00e9, aux abords du M\u00e9tro Solf\u00e9rino, les ligueurs de Paris et de la banlieue affluaient, ainsi que le groupe nombreux et disciplin\u00e9 des \u00e9tudiants venus de la rue de l&rsquo;Universit\u00e9 et de la rue de Lille. La population parisienne, dans le plus profond recueillement, se d\u00e9cou\u00advrait devant cet impressionnant cort\u00e8ge qui d\u00e9filait dans le plus profond silence. C&rsquo;est alors que se produisit un incident qui devait avoir de graves r\u00e9percussions sur la politique ext\u00e9rieure de la France. Tandis que L\u00e9on Blum, sortant de la Chambre des d\u00e9put\u00e9s, regagnait en voiture son domicile, il se heurta au cort\u00e8ge fun\u00e8bre. Le chauffeur pr\u00e9tendit qu&rsquo;il avait stopp\u00e9 aussit\u00f4t, mais re\u00e7u l&rsquo;ordre de forcer le cort\u00e8ge. Indign\u00e9s, des protestataires, dont certains n&rsquo;\u00e9taient que spectateurs, s&rsquo;interpos\u00e8rent et cass\u00e8rent les vitres de la voiture. L\u00e9on Blum re\u00e7ut des ecchymoses au visage et se fit conduire \u00e0 l&rsquo;H\u00f4tel Dieu o\u00f9 il fut pans\u00e9 imm\u00e9diatement.<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">Quand il revint \u00e0 la Chambre des d\u00e9put\u00e9s, avec une mise en sc\u00e8ne bien orchestr\u00e9e, il fut accueilli par son parti aux cris de \u00abDissolution des Ligues\u00bb. Et Albert Sarraut, ministre de l&rsquo;Int\u00e9rieur, fit signer, par le pr\u00e9sident fantoche Albert Lebrun, la dissolution de toutes les organisations d&rsquo;Action Fran\u00e7aise que suivit celle de toutes les ligues nationales. Dans la situation inextricable o\u00f9 se d\u00e9battait alors le gouvernement, au lendemain des \u00e9meutes du 6 f\u00e9vrier et \u00e0 la veille de la pr\u00e9paration du Front populaire, dans la contexture d&rsquo;une politique \u00e9trang\u00e8re tendancieuse, il faut une explication logique.II semble exclu que L\u00e9on Blum, qui n&rsquo;aimait ni la foule ni la bagarre, ait lui-m\u00eame pouss\u00e9 son chauffeur \u00e0 forcer un cort\u00e8ge fun\u00e8bre, dans des conditions qui ne pouvaient que lui nuire. D&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9, qui avait donn\u00e9 l&rsquo;ordre au chauffeur d&rsquo;aller de l&rsquo;avant? L\u00e9on Blum n&rsquo;\u00e9tait pas seul dans la voiture et il semble bien qu&rsquo;elle ait \u00e9t\u00e9 t\u00e9l\u00e9guid\u00e9e. C&rsquo;\u00e9tait d&rsquo;ailleurs l&rsquo;avis de Jean Chiappe qui s&rsquo;y connaissait sur ce genre de complots. Au surplus, pour masquer les lugubres reflets de ce tableau d\u00e9primant, une certaine presse a pr\u00e9tendu que le chef socialiste molest\u00e9 avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9livr\u00e9 par un groupe d&rsquo;ouvriers qui travail laient non loin de l\u00e0. Or, cela n&rsquo;a jamais exist\u00e9. D&rsquo;abord, il \u00e9tait plus de midi et demi, heure \u00e0 laquelle les ouvriers ne sont pas au travail. En second lieu, les \u00e9tudiants, ligueurs et membres du cort\u00e8ge n&rsquo;ont port\u00e9 la main sur aucun des occupants de la voiture. Les agents survenant n&rsquo;ont proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 aucune arrestation. Et d&rsquo;ailleurs, jeunes et nombreux comme ils l&rsquo;\u00e9taient, les protestataires, s&rsquo;ils l&rsquo;avaient voulu, auraient fait voltiger comme un hochet la voiture et ses occupants. Enfin, qu&rsquo;auraient pu faire \u00e0 leur encontre quelques ouvriers qui seraient intervenus?<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">II y avait l\u00e0 Maxime R\u00e9al del Sarte et sa redoutable \u00e9quipe. Evidemment, cela fait bien de pouvoir dire que des ouvriers sont intervenus en tant que sauveteurs d&rsquo;un chef socialiste en danger, comme si les socialistes avaient le monopole de la classe ouvri\u00e8re qui, \u00e0 Paris, on le voit aux \u00e9lections municipales, est plut\u00f4t nationaliste. D&rsquo;ailleurs, L\u00e9on Blum n&rsquo;\u00e9tait pas d\u00e9put\u00e9 de Paris. Mis en \u00e9chec dans la r\u00e9gion parisienne, il s&rsquo;\u00e9tait fait \u00e9lire \u00e0 Narbonne. Mais depuis la spoliation des entreprises de presse, on nous fa brique une petite histoire qui s&rsquo;enracine peu \u00e0 peu dans les esprits. A vrai dire, il fallait un pr\u00e9texte pour dissoudre les ligues nationales qui s&rsquo;insurgeaient contre une politique qui conduisait \u00e0 la guerre. C&rsquo;est Mandel qui disait que les d\u00e9mocraties ne se pr\u00e9parent \u00e0 la guerre que si l&rsquo;on les y engage d&rsquo;abord. Pour \u00e9viter un nouveau 6 f\u00e9vrier, il fallait proc\u00e9der \u00e0 la dissolution des ligues et trouver un pr\u00e9texte \u00e0 cet effet. Le r\u00e9gime ne manquait pas de moyens. Mais il sortait amoindri des \u00e9meutes sanglantes, la disparition de Stavisky, du Conseiller Prince hantait encore toutes les m\u00e9moires. Les forces occultes de la r\u00e9publique se sont rabattues sur un proc\u00e9d\u00e9 macabre, sans se dissimuler pour autant que le stratag\u00e8me aurait pu mal tourner.<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">Pierre B\u00e9cat, <i>Regards sur la D\u00e9cadence<\/i><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n ","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous vous invitons \u00e0 consulter le fascicule \u00ab\u00a0Pierre B\u00e9cat, un regard sur l&rsquo;histoire\u00a0\u00bb (textes extraits de Regards sur la d\u00e9cadence) diffus\u00e9 par le Groupe d&rsquo;Action Royaliste, et disponible en format PDF \u00e0 l&rsquo;adresse suivante : http:\/\/www.calameo.com\/books\/00086931338f23ddb9d8b Nous publions \u00e9galement un autre extrait de cet ouvrage, transmis et introduit par M. Fr\u00e9d\u00e9ric Winckler du Groupe d&rsquo;Action &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/pierrebecat.fr\/index.php\/2017\/04\/05\/regards-sur-la-decadence\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Regards sur la d\u00e9cadence&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"spay_email":""},"categories":[3],"tags":[],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/pierrebecat.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7"}],"collection":[{"href":"https:\/\/pierrebecat.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/pierrebecat.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/pierrebecat.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/pierrebecat.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/pierrebecat.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":79,"href":"https:\/\/pierrebecat.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7\/revisions\/79"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/pierrebecat.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/pierrebecat.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/pierrebecat.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}